Motherboardhttps://motherboard.vice.com/frRSS feed for https://motherboard.vice.comfrFri, 16 Nov 2018 11:58:44 +0000<![CDATA[Des utopies pour souris ont prédit l'effondrement de notre société]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/j5zm4k/des-utopies-pour-souris-ont-predit-leffondrement-de-notre-societeFri, 16 Nov 2018 11:58:44 +0000Universitaires, responsables politiques, leaders religieux, gourous… de Thomas More à Benoît Hamon, cela fait presque 450 ans que l’humanité s’interroge sur la faisabilité de l’utopie, mais rares sont ceux à être allés aussi loin que John Bumpass Calhoun. Le 9 juillet 1968, dans les locaux de l’Institut national de la santé mentale (NIMH) de Bethesda, dans le Maryland, Calhoun place huit souris dans une boîte au plafond ouvert, de la taille d’un petit box de stockage (1,30m de haut, 2,50m de côté). À l’intérieur, les rongeurs découvrent un véritable paradis que l’éthologue perfectionne depuis près de vingt ans. Eau et nourriture en abondance, climat idéal, des centaines de nids douillets à disposition, aucun prédateur et surtout une tranquillité absolue. Nom de code de l’expérience : Univers 25.

Au-dessus de la boîte, Calhoun observe. Grâce à ses 24 tentatives précédentes, débutées en 1947 dans le jardin de sa maison de Baltimore, il sait à peu près à quoi s’attendre : le jardin d’Eden va rapidement se transformer en une mégalopole infernale. Et en effet, l'Univers 25, le plus grand, le plus sophistiqué et le plus luxueux des paradis pour rongeurs, ne tarde pas à vriller de la pire manière. En octobre, la première génération de souriceaux voit le jour. La population double tous les deux mois, d'abord en parfaite harmonie. En août 1969, l'Univers 25 atteint les 620 individus et sa croissance ralentit. 560 jours après le début de l’expérience, l'utopie atteint sa population maximale de 2 200 animaux. Au jour 600, les souriceaux ne survivent plus. La dernière naissance a lieu au jour 920 et l’expérience prend fin en 1973.

Au zénith de son activité, l'Univers 25 ressemblait à ça : au centre de la boîte, des centaines de mâles hyper-agressifs, incapables de trouver une partenaire, passent le temps en buvant, mangeant et s’entre-tuant. Excédées par la promiscuité, les maladies et la saleté, les femelles qui parviennent à mener leurs grossesses à terme changent sans cesse de nid, oubliant parfois leur progéniture derrière elles. Dans des appartements de luxe gardés par des mâles, un groupuscule de femelles adultes et d'adolescents nées dans ce contexte anormal se tient loin de la société. Abrutis par l’intolérable pression du monde extérieur, elles n'ont aucune envie d'échanger ou de se reproduire. Cette population échappe au cannibalisme qui finit par ravager l'Univers 25. Cependant, elle reste marquée à jamais. Transplantées dans un univers social « normal » à la fin de l’expérience, ces bêtes, comme mortes intérieurement, se révèlent incapables de faire quoi que ce soit, excepté entretenir leur apparence physique, manger et dormir. John B. Calhoun les surnommait « beautiful ones » car leur fourrure n'avait pas été abîmée par le chaos de l'Univers 25.

Des souris et des hommes

Calhoun publie un article sur l’Univers 25 en 1973. Cependant, il ne fait qu'y répéter ce qu’il a déjà écrit une décennie plus tôt, en 1962, dans Population density and social pathology. En pleine phase d’urbanisation massive, cette première étude sur les conséquences sociales de la surpopulation avait connu un succès phénoménal, au point d'être désignée comme l'une des « quarante études qui ont changé la psychologie ». Calhoun et ses rats deviendront aussi iconiques que Pavlov et son chien, Milgram et sa prison ou Rorschach et ses tâches d’encre.

L’étude de 1962 est taillée pour la postérité : Calhoun n’hésite pas à faire de ses rats une métaphore de la condition humaine — « Je parlerai largement de souris, mais mes pensées vont vers l’homme », écrit-il —, cite allègrement des passages apocalyptiques de la Bible et trouve un nom idoine pour sa dystopie urbaine, le « cloaque comportemental ». La dénomination reste, et la thèse centrale de l’étude avec : l’homme, tout animal social qu’il soit, a besoin d’espace physique et psychologique, sans quoi l’autodestruction guette. Pendant des décennies, le travail de Calhoum restera la pierre angulaire de la sociologie urbaine et influencera architectes, sociologues, designers, urbanistes et psychologues. Plusieurs œuvres de SF, comme Soleil vert ou 2000 AD, reprendront la dystopie à leur compte.

Avec le passage au 21e siècle, le travail de Calhoun a connu un regain d’intérêt paradoxal. D’une part, certains internautes le brandissent désormais régulièrement comme une sorte de tocsin annonçant l’effondrement de nos sociétés. Les hikikomori japonais, ces adolescents qui décident de disparaître dans leur chambre pour survivre psychologiquement à l’intense pression sociale imposée par leur culture, sont perçus comme des versions humaines des « beautiful ones », tout comme les hommes dits « herbivores », ces Japonais qui se contrefoutent de l’impératif sexuel. En Europe, les NEET (cette frange de la population qui ne s’intègre a aucun système institutionnel) seraient une autre version des « beautiful ones ».

Qu’on veuille expliquer le mouvement Incel ou prouver l’effondrement imminent des sociétés urbaines, l’ombre de l’Univers 25 plane sur les forums de discussion. La tentation anthropomorphique est presque irrésistible… Mais l’être humain n’est pas, et ne sera jamais, une souris. En situation de promiscuité, il sait gérer. En 1975, déjà, le psychologue Jonathan Freedman avait organisé une expérience similaire avec des étudiants… Sans observer le moindre effet négatif. En 2008, l’historien médical Edmund Ramsen offrait une analyse bien plus nuancée des résultats de Calhoun, expliquant que tous les rats n’étaient pas devenus dingues. La clé, selon lui, réside dans la gestion de l’espace individuel : ce qui rend fou, ce sont les interactions sociales subies en permanence. L’enfer, c’est parfois donc bien les autres, mais c’est aussi et surtout l’inégalité de distribution des ressources. Qu’on soit un rat de laboratoire ou un esclave du capitalisme.

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<![CDATA[Un mec coule une douille dans un bang laser à 2100 euros]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/qvqdbq/un-mec-coule-une-douille-dans-un-bang-laser-a-2100-eurosFri, 16 Nov 2018 07:30:00 +0000Je l’ai déjà dit mais je vais le répéter : il ne faut jamais sous-estimer la créativité des fumeurs de joint. Chez VICE, on dirait même qu’il faut la respecter. Ainsi, en octobre dernier, nous vous avons appris à fumer de la weed avec une patte de crabe géant, ce qui est plutôt low-tech et crade. Deux semaines plus tard, nous avons rendu visite à Bradley Moore, un livreur de pizza de 18 ans qui a bricolé un bang capable de mesurer la force de vos taffes. Aujourd’hui, nous aimerions vous présenter le bang laser. Même la NASA risque de mettre des décennies à reproduire ce chef-d’oeuvre d’ingénierie stoner.

Développé par l’entreprise Silicon Cali, le bang utilise un laser violet de 2 watts pour griller la weed. C’est 400 fois plus puissant qu’un pointeur laser moyen, dont la puissance approche plutôt les cinq milliwatts. Silicon Cali propose des lunettes de protection spéciales pour les stoners qui aimeraient regarder fixement le faisceau en coulant leur douille.

« Le laser n’est pas si dangereux, il ne va pas couper votre doigt ou quoi que ce soit de taré tempère Justin Zelaya, le fondateur de Silicon Cali, dans un mail à Motherboard. « Ça va peut-être piquer un peu si vous mettez la main dessous, mais plus comme une loupe. » Ceux qui ont déjà mis la main sous une loupe braquée vers le soleil savent que ça fait extrêmement mal.

Cinq personnes ont participé au développement du bang laser, explique Zelaya. L’engin est contrôlé par un petit ordinateur qui fait tourner la douille quand le laser s’allume. Son corps de verre, soufflé à la demande par un artisan californien, est bardé de diodes ésotériques. L’ensemble obéit à une application spécialement développée pour lui.

Le bang laser est disponible à la vente pour 2 400 dollars — un peu plus de 2 100 euros. Malheureusement, Silicon Cali ne livre qu’aux États-Unis. Aucun de ses 45 exemplaires — édition limitée, forcément — ne parviendra jusqu’à nous.

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qvqdbqDaniel OberhausEmanuel MaibergWeedCannabislaserbang!high techingénierieSilicon Cali
<![CDATA[Un mois sur Internet en France : octobre 2018]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/7xyv5z/un-mois-sur-internet-en-france-octobre-2018Thu, 15 Nov 2018 09:47:23 +0000Médias

Le vrai défi pour la presse à l’heure d’Internet, c’est de relayer l’information avec toujours plus de rapidité pour accompagner leurs lecteurs quotidiennement. Alors certes, cela peut s’accompagner de petites fautes d’inattention, comme par exemple confondre un garçon avec une fille, mais on ne peut pas leur en vouloir tous les bébés se ressemblent.

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<![CDATA[Découverte de deux nouvelles planètes orphelines, si seules dans l'espace]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/ev3dkj/decouverte-de-deux-nouvelles-planetes-orphelines-si-seules-dans-lespaceWed, 14 Nov 2018 08:53:51 +0000 Une étude prépubliée le 2 novembre dernier sur arXiv indique que des astronomes ont découvert deux nouvelles planètes vagabondes.

L’auteur principal de l’étude, Przemek Mróz, est doctorant à l’observatoire astronomique de l’université de Varsovie. Son travail — et celui d’une trentaine d’autre scientifique — a mené à la découverte des deux « objets libres de masse planétaire ». Ils ont été baptisés en l’honneur de l’Optical Gravitational Lensing Experiment (OGLE), un projet d'astronomie polonais qui traque les planètes vagabondes depuis l’observatoire chilien de Las Campanas.

OGLE-2017-BLG-0560 a été détectée le 16 avril 2017. Son existence a ensuite été confirmée par plusieurs observatoires. Sa masse reste mystérieuse car nous ne savons pas quelle distance la sépare de la Terre : OGLE-2017-BLG-0560 peut peser entre une et vingt fois la masse de Jupiter.

Encouragée par cette découverte, l’équipe de Przemek Mróz a revu les données produites par OGLE au cours des années précédentes. C’est ainsi qu’ils ont découvert OGLE-2012-BLG-1323, remarquée pour la première fois le 21 août 2012 et néanmoins ignorée. Côté taille, le Polonais et ses collègues estiment qu’elle se situe entre le Terre et Neptune. C’est l’une des plus petites planètes vagabondes connues.

Une planète acquiert le titre de « vagabonde », « orpheline » ou « interstellaire » lorsqu’elle est éjectée de son système stellaire d’origine par une rencontre gravitationnelle. Abandonnées à leur triste sort, elles ne sont éclairées par aucune étoile — ce qui complique considérablement leur découverte. Ainsi, si nous connaissons désormais des milliers d’exoplanètes encore membres de systèmes stellaires, nous n’avons découvert qu’une dizaine de planète vagabondes.

La grande majorité des exoplanètes se trahissent lorsqu’elles passent devant leur étoile-hôte, ce qui cause une baisse de luminosité détectable par les astronomes.

Les planètes vagabondes n’ont aucune étoile devant laquelle passer. Cependant, elles peuvent émettre une signature lumineuse à la faveur d’un phénomène appelé microlentille gravitationnelle. Lorsqu’un corps céleste passe devant une source lumineuse éloignée, son champ gravitationnel peut altérer cette lumière. Cela permet aux astronomes de détecter la signature lumineuse de l’objet mystérieux, et même d’estimer sa masse et sa taille.

Le projet OGLE recherche activement les effets de microlentille gravitationnelle pour découvrir de nouveaux mondes. L’équipe de Mróz affirme que la Voie lactée contient peut-être plus de planètes vagabondes que d’étoiles. Si tel est le cas, des milliards d’objets orphelins flottent dans l’espace interstellaire. Certains sont peut-être d’anciens membres de notre système solaire.

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<![CDATA[Ne mangez pas de limace, vous pourriez mourir huit ans plus tard]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/d3bg9y/ne-mangez-pas-de-limace-vous-pourriez-mourir-huit-ans-plus-tardTue, 13 Nov 2018 07:30:00 +0000C'est une disparition étrange et tragique. La semaine dernière, un australien de 29 ans est mort d'une maladie parasitaire rare transmise par un ver du rat.

Tout a commencé en 2010, quand Sam Ballard a mangé un limace pendant une soirée. C'était un défi bête et méchant mais à première vue sans conséquence.

« On était assis là-bas, on profitait de notre petite soirée vin rouge en faisant les adultes, et puis une limace est arrivée par ici » explique Jimmy Galvin, l'un des amis de Ballard, sur la chaîne de télévision australienne Channel 10. « Quelqu'un a posé la question, forcément. "Est-ce que je la mange ?" Sam s'est jeté dessus. Boum. C'est arrivé comme ça. »

Quelques jours plus tard, Ballard a commencé à se plaindre de douleurs à la jambe. Son médecin a découvert qu'il avait été infecté par un ver parasite appelé Angiostrongylus cantonensis.

Angiostrongylus cantonensis parasite habituellement les poumons des rats. Il peut passer d'un individu à l'autre grâce aux escargots et aux limaces, qui peuvent à leur tour le transmettre à l'homme. Une fois ingéré, le ver peut pénétrer dans l'intestin, traverser le système nerveux et s'installer dans le cerveau.

La plupart des humains peuvent se débarrasser seuls de l'infection, explique le site officiel des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains. Chez quelques malheureux, il peut néanmoins déclencher une forme rare de méningite qui se manifeste par « des céphalées, une raideur du cou, des douleurs et des picotements sur la peau, une fièvre légère, une nausée et des vomissements. » On l'appelle méningite angiostrongylienne à éosinophiles.

Cette méningite rare a plongé Ballard dans un coma dont il ne s'est réveillé qu'après 420 jours. Le jeune homme a d'abord été incapable de bouger ses membres tant son cerveau avait été endommagé par la maladie. Ses efforts lui ont permis de retrouver certaines de ses facultés motrices avant que le malheur ne frappe à nouveau. Devenu tétraplégique, Ballard a commencé à souffrir de crises de convulsions. Il était impossible de le laisser sans surveillance — une tâche dont s'acquittait largement sa mère, Katie Ballard.

« Ses amis sont restés à ses côtés » a rapporté la semaine dernière la journaliste australienne Lisa Wilkinson à propos de Ballard. « Vendredi, Sam est mort entouré de sa famille et de ses amis loyaux et aimants. »

« Ses derniers mots à sa mère : "je t'aime." »

L'histoire de Ballard est exceptionnelle. Cependant, elle montre qu'Angiostrongylus cantonensis attire de plus en plus l'attention.

Le parasite du rat s'est installé dans 30 pays, notamment en France. 2 800 cas ont été rapportés autour du monde. L'année dernière, il a semé la panique à Hawaï quand plusieurs dizaines de cas ont été documentés simultanément tout autour de l'État. (En général, les îles rapportent un à neuf cas annuels. Le parasite a causé deux morts depuis 2007, d'après le Hawaii Department of Health.)

The lifecycle of the rat lungworm parasite.
Le mode de transmission de la . Image: Hawaii Department of Health

Le processus de transmission commence quand un rat « tousse » les larves du ver avant de les avaler. Le parasite passe alors des poumons à l'estomac, depuis lequel il se fraie un chemin jusqu'à la sortie dans les fèces. Les limaces et escargots deviennent des hôtes intermédiaires lorsqu'ils consomment ces déjections contaminées.

Le cycle recommence lorsqu'un rat mange l'un de ces gastéropodes. Logées dans le cerveau de l'animal, les larves deviennent des adultes longs d'environ deux millimètres. Elles se dirigent ensuite vers les poumons par les artères pulmonaires et se reproduisent là.

Les humains et certains animaux peuvent tomber malades s'ils mangent un escargot ou une limace infectés. (Les individus qui consomment des gastéropodes en leur âme et conscience sont priés de ne pas les mangés crus ou mal cuit, merci.) Consommer des produits non-lavés peut également conduire à une infection accidentelle. Les autorités australiennes affirment que le mucus des gastéropodes peut suffire à transmettre le parasite. Crabes, crevettes et grenouilles peuvent également transmettre Angiostrongylus cantonensis. Loin de nous toute envie de vous faire flipper mais même boire de l'eau contaminée peut vous valoir une méningite.

« Les parasites sont dans mon cerveau, ils bougent » explique un hawaïenne dans Civil Beat, un site d'information local. « C'est comme si quelqu'un ouvrait le dessus de ma tête une fois de temps en temps pour appuyer un fer à repasser sur mon cerveau et envoyer de la vapeur. »

Les docteurs effectuent parfois des ponctions lombaires pour détecter le parasite. Il n'existe pas d'autre moyen de le faire à l'heure actuelle. Les tentatives de création d'un test de dépistage d'anticorps associés à l'infection ont toutes échouées.

L'infection dure une à deux semaines après une période d'incubation d'une à trois semaines. Il n'y a pas encore de traitement standard mais ses symptômes peuvent être gérés à l'aide d'un mélange d'antibiotiques, d'antalgiques et de stéroïdes. Le CDC assure que la plupart des parasites mourront sans traitement — ce qui peut déclencher une réaction immunitaire douloureuse chez l'homme. La maladie n'est pas contagieuse d'individu à individu.

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<![CDATA[L'Internet anti-porno adore le No Nut November]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/xwjqbq/linternet-anti-porno-adore-le-no-nut-novemberFri, 09 Nov 2018 09:30:00 +0000Internet est un formidable outil masturbatoire. Son offre pornographique est sans égal et ses méandres grouillent de tentations : n’importe quelle « petite balade » sur le réseau peut finir en grosse branlette, comme ça, sans prévenir. Chaque année, quelques courageux essayent néanmoins de s’interdire tout orgasme pendant un mois. Adieu les jouisseurs, bienvenue dans l’univers infernal du No Nut November.

Pour être précis, le No Nut November — « Nut » désignant familièrement l’éjaculation en anglais — ne concerne pas que l’orgasme par la masturbation. Pour réussir, les participants doivent s’abstenir de jouir toutes méthodes confondues du premier au 30 novembre. S’il a attendu 2017 pour percer sur l’Internet mainstream via Twitter, ce cruel défi semble descendre d’une tradition vieille d’au moins dix ans : les No Fap Months.

Tout a commencé en 2009, quand les utilisateurs de plusieurs forums consacrés à des sujets aussi divers que les cheats ou les voitures ont parié qu’ils pouvaient se retenir de se masturber pendant tout le mois de septembre. Le No Fap September était né. [Je suis assez sûr que /b/ le pratiquait déjà en 2007 mais je n’en ai pas trouvé la preuve, n.d.A.] Beaucoup de variantes ont suivi : No Fap February, No Fap April, No Fap October… Ce qui ne change rien pour les participants : quelle que soit la saison, la tâche est ardue.

Pas besoin d’être hypersexuel pour louper son mois sans orgasme. Même les hérauts du mouvement n’arrivent pas toujours à garder les mains au-dessus de la couette : ce tumblr consacré au No Fap February 2010 a cessé d’encourager les troupes après seulement sept jours et deux des huit modérateurs de r/NoNutNovember avaient déjà baissé les bras ce jeudi 8 novembre. Même les simples participants au No Nut November 2018 ont couvert le réseau d’aveux d’échec dès le premier jour du défi. « Fuck #nonutnovemeber I give up i need to relieve stress » tweetait ainsi LeGones le 1er novembre.

Bizarrement, ceux qui prétendent tenir le coup répètent souvent les mêmes blagues sur les réseaux sociaux. À les croire, ne pas se toucher pendant quelques jours donne des superpouvoirs : la lévitation voire le vol, la télékinésie, une force surhumaine, et ainsi de suite. Ces vannes sont des références plus ou moins conscientes aux arguments du NoFap, un mouvement numérique qui milite contre la masturbation avec pornographie ou « PMO ». La page d’accueil du site officiel de NoFap a longtemps clamé : « Seize control of your sexuality and turn it into superpowers. » Ceux qui ont tenté l’expérience reprennent souvent l’idée avec ferveur, voire un peu d’humour, et sans jamais remettre en cause les arguments scientificoïdes du mouvement.

« Le phénomène “No Nut November” est génial pour les organisations du secteur du sevrage pornographique »

NoFap est né en 2011, quand un certain Alexander Rhodes a découvert une étude indiquant que le taux de testostérone des hommes remontait après une semaine d'abstinence. Lorsque le « programme NoFap » était encore gratuit, son site officiel citait les travaux de chercheurs peu rigoureux, confits d’idéologie, voire ouvertement sexistes pour prétendre que l’arrêt de la « PMO » permettait de combattre l’impuissance, les symptômes dépressifs, l’anxiété… Ce que les spécialistes rejettent en bloc depuis des années. Aujourd’hui, NoFap.com n’affiche plus ces informations et propose une méthode à 120 dollars pour se défaire du porno ou de la masturbation en 90 jours. Pour les plus fauchés, reste r/NoFap — le subreddit officiel de l’entreprise qui, pour le moment, tente hardiment de profiter du No Nut November.

Même s’il en est parfois suspecté, NoFap n’a pas lancé le No Nut November. Pourtant, l’entreprise s’est greffée au défi dès 2017 en créant le « New Life November », une intiative anti-PMO relancée cette année par Alexander Rhodes lui-même. Le 1er novembre dernier, l’américain a publié un sujet intitulé « Le “New Life November” de NoFap (aux côtés du fraîchement populaire “No Nut November”) 2018. Commencez ou poursuivez votre engagement PMO-free ici » sur r/NoFap. Clairement adressé aux nouveaux-venus de par son ton didactique, le message contient douze liens vers le subreddit et le site officiel de NoFap. Et ses responsables assument. L’année dernière, l’un des « porte-paroles » de l’entreprise a déclaré au magazine Newsweek : « Pragmatiquement, le phénomène “No Nut November” est génial pour les organisations du secteur du sevrage pornographique. » C’est en tout cas ce qu’elles veulent croire.

Plusieurs entités similaires à NoFap tentent en effet de profiter du No Nut November. L’ancien professeur d’anatomie Gary Wilson, père de l’initiative anti-PMO « Your Brain on Porn » et mentor d’Alexander Rhodes, a beaucoup mentionné le défi sur son compte Twitter ces derniers jours. Dans un tweet publié le 31 octobre dernier, le forum Your Brain Rebalanced espère que le No Nut November aiguillera les « porn addicts » vers les sites de désintoxication adaptés. L’association anti-porno Fight the New Drug, elle, promeut activement son « No Porn November » sur Instagram, Facebook et Twitter depuis deux semaines, sans grand succès — même les fast foods s’en sortent mieux.

Le No Nut November est une belle occasion de se marketer pour tout le monde : Burger King a fait référence au défi dès le 1er novembre dernier. En fait, les sites porno eux-mêmes essayent d’en profiter. xHamster prétend que le « NNN » a fait baisser son trafic de 15%, PornHub lui a dédié un petit drakepost et YouPorn a réclamé des retweets aux internautes défaits dès le 2 novembre. Toutes ces tentatives de récupération portent-elles leurs fruits ? Difficile à dire, mais une chose est sûre : comme toujours, le mariage de la masturbation et d'Internet profite à tout le monde.

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<![CDATA[Regardez l'armée américaine détruire un faux missile nucléaire dans l'espace]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/yw7mdg/regardez-larmee-americaine-detruire-un-faux-missile-nucleaire-dans-lespaceFri, 09 Nov 2018 07:30:00 +0000Le 26 octobre dernier, la Missile Defense Agency des États-Unis a testé son nouveau missile anti-balistique au large d’Hawaï depuis le destroyer USS John Finn. L’engin, baptisé Standard Missile-3 Block IIA, a rempli sa mission en détruisant une fausse arme nucléaire en vol. Son concepteur, l’entreprise d’armement américaine Raytheon, a diffusé une vidéo de l’essai réussi le jour même.

Le succès du SM-3 Block IIA est un moment important pour l’univers de la défense antimissile. Les systèmes d’interception d’engins balistiques déjà en service, comme le Patriot américain et l’Arrow israélien, sont réputés pour leur cafouillages. Les premières version du missile déployé par Raytheon la semaine dernière ont d’ailleurs été critiquées pour leur faible taux de réussite — 20% selon certaines études.

L’année dernière, le Standard Missile-3 Block IIA a raté son premier test quand l’un de ses opérateurs a désigné sa cible comme « amie ». Cette erreur a déclenché l’autodestruction de l’intercepteur. Un nouveau test effectué en janvier dernier s’est également soldé par un échec, le missile ayant tout bonnement loupé sa cible. Defense News rapporte que cette erreur a coûté 130 millions de dollars au public américain.

Le SM-3 Block IIA est assemblé par Raytheon mais il a été conçu par les armées américaine et japonaise. Le développement de la « famille » SM-3 a commencé au début des années 2000. En tant que petit dernier, le Block IIA est plus performant que ses ancêtres en de nombreux aspects.

Le missile peut atteindre des vitesses de presque cinq kilomètres par seconde et sa porté totale dépasse les 2 000 kilomètres. Il ne contient aucune ogive et détruit sa cible en la percutant à pleine vitesse : la puissance du choc est comparable à l’explosion d’environ 30kg de TNT.

La Missile Defense Agency affirme que le Block IIA a été « conçu pour parer une attaque nord-coréenne en déployant un plus petit nombre de bateaux. » Les missiles seront peut-être déployés en Europe, sur la terre ferme.

« Que vous lanciez le SM-3 depuis la mer ou la terre, le résultat sera le même : les missiles balistiques menaçants sont neutralisés avant de pouvoir faire du mal à qui que ce soit » s’est félicité Mitch Stevison, le vice-président de Raytheon Air & Missile Defense Systems, dans un communiqué. « Ce n’est pas facile, mais nous veillons au développement de cette technologie qui a déjà fait ses preuves. Notre but est de fournir le meilleur bouclier de protection possible aux États-Unis et leurs alliés. »

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<![CDATA[C'est quoi, le néant ?]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/vbk5va/cest-quoi-le-neantThu, 08 Nov 2018 11:49:32 +0000Fermez vos yeux et essayez d’imaginer le néant.

Trop tard. Il est fort probable que vous ayez déjà pensé à quelque chose : peut-être la couleur noire, ou au mot « néant », et ni l’un ni l’autre ne sont le néant.

Réfléchir sur le néant pourrait être considéré comme une forme de méditation (au mieux) ou comme une perte de temps (au pire). C'est pourtant nécessaire, ne serait-ce que parce que l'une des questions qui minent le cœur de la physique concerne le néant : pourquoi y a t-il quelque chose (notre univers) plutôt que rien ?

Le néant est un concept si faussement simple qu’il évolue à l’intersection bizarre des sciences, de la philosophie et du langage. Comme répondre à un enfant qui demande « Pourquoi ? » encore et encore, essayer d'aller au fond de ce problème peut être assez frustrant. Nous avons donc demandé à un physicien et un philosophe de nous aider à définir le « néant » — enfin, si « néant » signifie quelque chose. Apparemment, même les experts trouvent la question frustrante.

Qu’est-ce que le néant en physique ?

Sean Carroll est physicien théoricien et cosmologiste à Caltech, l’Institut de Technologie de Californie. Le néant lui a récemment posé un problème, dans la mesure où il se rapporte à quelque chose.

Dans un récent post sur un blog, un podcast et un article du Routledge Companion to the Philosophy of Physics, tous intitulés « Pourquoi y a-t-il quelque chose, plutôt que rien ? » Carroll a essayé de répondre à cette question dans les termes les plus simples.

« La science et la philosophie ne cessent de se demander comment sont les choses et pourquoi elles sont ainsi. Dès lors, il semble naturel de passer à l’étape supérieure et se demander pourquoi les choses sont tout court » écrit-il dans l’article. « Notre expérience du monde, parce qu'elle est limitée à une minuscule fraction de réalité, nous donne peu d’atouts pour réfléchir à l'existence dudit monde de façon appropriée. »

Le néant véritable est très différent d’un simple « espace vide », même si cette comparaison-définition peut suffire dans la vie de tous les jours, m'a expliqué Carroll lors d’un appel Skype.

« Dans le champ de la théorie quantique, que nous considérons comme le meilleur moyen de décrire l’univers à l'heure actuelle, le vide est assez intéressant » explique-t-il. « Même s’il est aussi vide qu’il puisse l’être, les propriétés de la physique quantique sont toujours là — elles sont juste dans un état dénué d’énergie et ne font rien. Mais on pourrait sonder ce vide, comme le fait la physique des particules, et découvrir ses propriétés ».

Il ajoute : « l’espace vide est un endroit très intéressant dans la physique moderne ; il s’y passe beaucoup de choses. Si ce n’était rien, il ne s’y passerait rien. »

« C’est probablement mieux de penser le néant comme une absence d’espace et de temps, plutôt que de l’espace et du temps avec rien dedans »

Les états quantiques sont des fonctions d’onde qui mesurent les niveaux d’énergie imprévisibles des atomes et des particules avec un fort degré de précision. Un système mécanique quantique à son niveau d’énergie le plus bas ressemblerait peut-être beaucoup au néant, même d’un point de vue mathématique, mais il contiendrait toujours des particules et de l'énergie.

Que ce soit un trou dans le sol ou les vastes bandes d’espace entre les corps célestes, ces espaces « vides » sont remplis d'un quelque chose doté de propriétés physiques. Ce vide n’est pas rien, au moins d'après Carroll et ses contemporains.

Mais tout cela n'est qu'une manière d'appréhender le problème. L’autre est encore plus troublante : l’absence totale d’espace-temps, vide ou pas.

« Simplement un véritable néant — pas une théorie quantique du vide — juste l’absence de quoi que ce soit » détaille Carroll. « Comme nous sommes dans un monde post-relativité générale, on sait que l’espace et le temps ne sont pas fixés et absolus ; ils sont dynamiques. Einstein disait que l’espace et le temps sont déformés par l’énergie, dès lors il est probablement plus correct de penser le néant comme une absence d’espace et de temps, plutôt que comme de l’espace et du temps avec rien dedans. Il y a une grande différence entre un espace vide et le néant ».

Même s’il est important de garder cette définition en tête, Carroll ajoute qu’elle ne sert pas à grand-chose en physique. Il explique : « Une chose est intéressante ; le néant est intéressant seulement dans la mesure où il est l’absence d’une chose. »

En fin de compte, Carroll avoue que la question du rien « Qu’est-ce que le néant ? » ne l'empêche pas de dormir — même s'il la trouve fascinante.

« Je pense que la question “Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ?” est intéressante, mais la réponse est probablement “C’est simplement comme ça” » conclut-il. « On ne peut sans doute pas creuser plus profondément. Ce n’est pas comme si le néant était une sorte d’inconnu mystérieux, c’est juste l’absence de quoi que ce soit. C’est tout ce qu’il y a à dire. Il n’y a rien à apprendre de plus sur le néant. Tout ce qu’il y a à apprendre, c’est sur les choses ».

Qu’est-ce que le néant en philosophie ?

La science n’a pas le monopole du néant. Le philosophe Jim Holt a écrit à propos d’un large éventail de sujets scientifiques, de l’origine de l’univers à l’histoire philosophique des blagues. Il a également donné un discours sur la mécanique quantique et le néant lors d’un TED Talk intitulé « Pourquoi est-ce que l’univers existe ? »

Pour Holt, le néant pur est non seulement intelligible pour l’esprit humain, mais descriptible en grâce au raisonnement philosophique. Ce qui est un autre bon point de départ pour quiconque songe à cette question. Le philosophe affirme que le « néant » — pas un espace vide rempli de choses invisibles, comme le met en avant la physique quantique, mais littéralement rien — peut être facilement décrit par la logique formelle.

« On peut décrire de manière cohérente un état de néant, c’est facile à faire » m'assure Holt par téléphone. « C’est un état dans lequel tout n’a pas sa propre identité. Si pour tout x, x est inégal à x, alors cette phrase décrit logiquement un état de néant. Ça n’aide pas à développer l’imagination, mais ça ne fait pas naître de contradictions. Cela peut être vrai uniquement si le néant existe, car si quoi que ce soit existe, c’est égal à soi-même ».

« Je n’ai jamais été capable de comprendre complètement le néant, mais je m’en rapproche quand je regarde des pros du bowling à la télé »

Utiliser le raisonnement scientifique pour comprendre comment le néant a pu engendrer quelque chose, explique Holt, c'est tenter de répondre comme un physicien à une question métaphysique. Il réfute tout particulièrement la théorie quantique des champs, selon laquelle l’univers a peut-être surgi du vide quantique grâce à l’inflation.

À sa naissance, dans les années 80, la théorie de l’inflation a été présentée comme une sorte d’appendice à la théorie du Big Bang. Elle soutient que l’inflation cosmique a fait passer l’univers de l’échelle quantique à l’immensité astronomique en un court moment (entre 10 et 35 secondes après le Big Bang). C'est ce phénomène qui aurait donné son échelle et sa structure à l’univers dans lequel nous vivons aujourd'hui.

Mais si l’existence a jailli du néant en suivant un certain nombre de lois physiques, d’où provenaient ces lois ? Existaient-elles avant l’univers ? Cela signifierait que l'univers n'est pas « apparu » dans le néant. « [Selon les physiciens], les lois quantiques peuvent engendrer un monde depuis les abysses, ce sont donc des entités très mystérieuses. Mais ce sont tout de même des entités. Elles ne sont pas rien » explique Holt.

Alors, c’est quoi le néant ? Selon Holt, même si on ne peut pas décrire ses propriétés — ou même les imaginer — c’est sans doute la façon dont les choses auraient pu tourner.

« Le néant est l'incarnation la plus simple de la réalité, c’est la moins arbitraire parce qu’elle exclut tout » affirme Holt. « Une fois qu’on prend ça sérieusement, on commence à se dire “C’est comme ça que ça aurait dû être, pourquoi devrait-il y avoir quelque chose plutôt que rien ?” Non seulement il y a quelque chose, mais il y a un genre très particulier de choses que l’on voit autour de nous. »

Le néant prête à penser à ce qui existe. En dépit de son caractère même, le néant est l'un des os intellectuels les plus difficiles (et captivants) à ronger.

« C’est un mélange intéressant de philosophie, de science, d’analyse conceptuelle, de théologie et des limites du langage » détaille Holt. « Les gens qui sont friands de questions intellectuelles abstraites se régalent. »

Rien est important

Nos cerveaux sont faits pour appréhender les choses comme des entités distinctes. Nous sommes tout de même capables d'accepter l'idée de l'absence de propriétés. En fait, cela permet de créer une manière plus nuancer d’appréhender l’univers.

« Je pense qu’on peut comprendre le néant » assure Carroll. « Nous ne pensons pas que l’univers a des frontières spatiales, mais il se peut qu’il ait eu un début — nous n’en sommes pas sûrs mais c’est plausible. S’il y a un moment qui correspond à un début, et qu’après ce moment il y a eu quelque chose, alors il n’y a rien de l’autre côté. On serait tenté de dire “Avant ce moment, il y avait le néant.” Mais c’est mieux de dire “L'avant ce moment n'existe pas.” »

Holt pense que le néant peut être intelligible via la logique, mais que quiconque souhaite le visualiser devra s'abonner aux chaînes sportives. « Je n’ai jamais été capable de comprendre complètement le néant, mais je sens que je m’en approche quand je regarde le bowling professionnel à la télé », plaisante-t-il.

Cette référence au bowling n’a aucune valeur scientifique ou philosophique. Cependant, elle rappelle joliment qu'essayer de comprendre quelque chose qui ne peut pas exister est absurde. Au moins, poser une question aussi bizarre que « Qu’est-ce que le néant ? » nous rappelle que certaines idées erreront toujours au bord de l’entendement humain — mais aussi qu'il existera toujours des humains pour essayer de les dépasser.

« Je suis ouvert à toute meilleure réponse », s'amuse Carroll. « La satisfaction est quelque chose que l’on peut espérer mais pas exiger lorsqu’on parle de l’univers. C’est à nous, les humains, de cultiver la maturité intellectuelle nécessaire pour accepter que certaines questions n’ont pas de réponse qui nous semblerait satisfaisante. »

Au final, qu’avons-nous donc appris ici ? Quelque chose, on l’espère.

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<![CDATA[L'apprenti chimiste qui fabrique des lasers trop dangereux pour YouTube]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/8xbe7a/lapprenti-chimiste-qui-fabrique-des-lasers-trop-dangereux-pour-youtubeWed, 07 Nov 2018 08:30:00 +0000Drake « Styropyro » Anthony a lancé sa chaîne YouTube à seulement 13 ans. C'était en 2006.

« Je ne m’attendais pas à ce que ce soit une grosse chaîne » m’a-t-il expliqué par téléphone. Lorsqu’ils étaient enfants, Anthony et l’un de ses amis s’amusaient à préparer une pâte inflammable en dissolvant du polystyrène dans de l’acétone. Je faisais pareil avec de l’essence et des vieux gobelets de fast food.

C’est un hobby amusant — et néanmoins dangereux. Exactement le genre de chose qui plaît aux adolescents. Depuis, Anthony a dépassé son surnom de « Styropyro » mais pas son amour de la science et de la chimie. Installé dans la petite ville de Goodfield, dans l’Illinois, il réalise des vidéos de ses expériences scientifiques qu’il diffuse sur YouTube.

La plupart de ces manipulations impliquent des lasers fabriqués à partir de pièces de récupération. Mon préféré, c’est ce « bazooka laser » de 200 watts qu’il a construit en branchant de vieux projecteurs DLP sur des batteries lithium-ion. Un masque de soudure sur le visage, il mesure la puissance du faisceau en le braquant sur des ballons, du bois, des carcasses d’ordinateur. Souvent, il fait jaillir quelques flammes.

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Image : Xavier Aaronson

Malheureusement, même les mesures de sécurité les plus strictes ne protègent pas de certains imprévus. « J’ai pris quelques rayons sur la main. Je me suis fait des cicatrices et des brûlures en travaillant avec ces machines. C’est bien moins grave que prendre le faisceau dans l’oeil. J’ai eu quelques coups de chaud à mes débuts, c’est clair. Du point de vue des lasers, ce n’est pourtant pas grand-chose » assure Anthony.

Plusieurs vidéos de Styropyro ont fini hors-ligne sur ordre de YouTube. Le jeune homme a protesté et fait annuler ces « content strike ». Reste que les vidéos sont désormais dé-référencées et démonétisées.

« Chez YouTube, nous tenons particulièrement à ce que les internautes du monde entier puissent accéder à du contenu éducatif de qualité » a déclaré un porte-parole de YouTube à Motherboard. « Les vidéos qui représentent des activités pouvant entraîner des blessures graves sont placées derrière un avertissement ou supprimées. Cependant, comme toujours chez nous, le contexte compte beaucoup. Les vidéos dont le contexte éducatif, documentaire ou scientifique est suffisant sont autorisées. Quand les vidéos sont signalées, un modérateur humain les évalue et les supprime si elles transgressent nos règles d’utilisation. Nous permettons aussi aux créateurs de faire appel s’ils pensent qu’une vidéo a été supprimée par erreur. »

Anthony, lui, ne pense qu’à la science. La ville dans laquelle il a grandi compte 700 habitants. Internet est sa fenêtre sur le monde.

Pour lui, sa chaine YouTube est d’abord le moyen de transmettre son amour de la science et de l’apprentissage aux générations futures. « Si je n’avais pas eu Internet quand j’étais enfant, je ne me serais jamais découvert cette passion » estime-t-il aujourd’hui. « J’aurais probablement développé un intérêt pour la science et la chimie quoi qu’il arrive, mais je n’aurais sans doute pas fait toutes ces expériences car la plupart de mes lectures venaient du réseau. Je ne sais même pas ce que je serais en train de faire maintenant. »

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<![CDATA[Dans les plaines désolées de l'Internet de la calvitie]]>https://motherboard.vice.com/fr/article/kzj5ye/dans-les-plaines-desolees-de-linternet-de-la-calvitieTue, 06 Nov 2018 07:30:00 +0000Il a suffi d’une vieille photo pour le constater : oui, mes golfes sont plus creusés qu’avant. Comme un homme sur quatre, selon un sondage de l’IFOP de 2014, je perds mes cheveux. 2 % des femmes seulement seraient concernées.

Il y a beaucoup de causes possibles, mais la plus fréquente est mi-héréditaire, mi-hormonale : c’est l’alopécie androgénétique — je tiens à remercier chaleureusement mon côté maternel, qui serait responsable de cet héritage.

Paniqué à l’idée de perdre toutes mes forces comme Samson, j’ai agi en bon millennial. Bouteille d’alcool dans une main — ce qui ne devrait pas arranger mon cas, à en croire GQ —, j’ai tapé de l’autre « Je perds mes cheveux » sur mon moteur de recherche. C'est ainsi que je me suis embarqué dans un voyage express par toutes les étapes du deuil capillaire.

Étape n°1 : le choc

« Dans d’anciennes sociétés, l’alopécie a connoté la vieillesse ou l’infériorité sexuelle » explique Christian Bromberger, professeur d’anthropologie à l’université d’Aix-Marseille. D'un côté, donc, normal que le sujet continue à travailler le web.

Les internautes s’échangent des photos de leur crâne, des conseils beauté et des messages de soutien un peu partout sur le réseau. C'est à croire qu'il n'existe pas de site communautaire sur lequel la calvitie n'ait jamais été évoquée. Sur Facebook ou Twitter, le mot est au bout de tous les doigts. Et dans la catégorie dédiée de Doctissimo, 214 pages de 100 sujets comme « Calvitie a 17ans aide moi!!! » [sic] ou « le sexe est une solution à votre calvitie » n’attendent que vos commentaires angoissés.

L'International Hairloss Forum est même entièrement consacré à la calvitie. Fondé en 2007, ce site francophone compte aujourd’hui plus de 8 600 membres. Nicolas, 35 ans, l’administre à temps plein. « J’ai eu des problèmes de calvitie dès 24 ans. En tombant sur des forums américains, j’ai trouvé une mine d’infos incroyable ! Pour ma greffe, ça m’a évité de me faire opérer dans une boucherie. » Ainsi conquis, il a voulu créer l’équivalent en français pour « démocratiser l’accès à la connaissance ». L'International Hairloss Forum attire désormais « 80 à 85 % d’hommes, de plus en plus jeunes ».

Outre l’esthétique, c'est le problème de la séduction qui revient le plus souvent sur le tapis. « Un mec chauve habillé d’une chemise claire, avec des grosses mains et une grosse montre, […] c’est « hot » », tentait déjà Elsa pour rassurer Philippe en 2005. D’autres créent des sondages pour obtenir du concret.

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Capture d'écran de Doctissimo : « Les célébrités chauves : recensons-les »

Un internaute s’est étonné de cette pratique en 2008 : « Il y a une chose que j'ai un peu de mal à comprendre […] : votre mal-être ! […] Oui, je suis chauve, oui, ça a commencé tôt mais, non, je ne le vis pas mal. Pour moi, ce ne sont que des cheveux. » Le message suivant l’ignore poliment : « Est-ce que vous avez parlé de Thierry Lhermitte ? Il fait une pub pour le Printemps du cinéma en ce moment, et on voit bien qu'il a été greffé sur la ligne frontale. »

Ce genre de discussion plaît tant aux alopécieux que Nicolas a ouvert une section « Célébrités » sur International Hairloss Forum. « Les gens ont besoin de s’identifier aux people pour se rassurer. Ça leur fait plaisir de voir que même des « privilégiés » sont logés à la même enseigne ! » Un énième avant-après d’Elon Musk plus tard, je me suis dit que finir chauve (et aigri) n’était peut-être pas une fatalité.

Étape n°3 : angoisse médico-chirurgicale

L'application « 94% » demande à ses joueurs de trouver 94% des réponses déjà données par d'autres joueurs à l'évocation d'un thème précis : les fruits à noyau, les métiers dangereux, les marques de voiture... Et les chauves. Selon les participants, les dégarnis les plus célèbres sont notamment Fabien Barthez (25 %), Vincent Lagaf’ (14 %) et Pascal Obispo (7 %). Pour éviter de rejoindre cette caste, les plus motivés acceptent de gober des cachets tous les jours.

Deux molécules anti-chute de cheveux se partagent le marché : le finastéride et le minoxidil. L’Agence nationale de sécurité du médicament a mis en garde fin 2017 contre les effets secondaires du premier : idées suicidaires, cancers du sein... Et troubles sexuels pouvant persister après l'arrêt du traitement, ce qui inquiète terriblement l'Internet de la calvitie. Sur l'International Hairloss Forum, certains semblent surveiller leur libido, leurs érections et le volume de leurs éjaculations d'aussi près que leur implantation. Quant au minoxidil, son efficacité est souvent mise en doute. De toute façon, les deux médicaments ne font que ralentir la chute. Heureusement, il reste les poudres, lotions et compléments mystères.

L'International Hairloss Forum propose une catégorie dédiée aux « Herbes, graines, huiles & compléments alimentaires ». Quelque soit le produit évoqué, le verdict est souvent sans appel : pas d'effet. Les plus désespérés conçoivent de véritables cocktails de remèdes miracles. Une fois de plus, c'est souvent sans effet. Ainsi poussés à bout, certains internautes se rabattent sur l’option radicale de la greffe de cheveux. Sur sa chaîne YouTube, Winslegue a publié depuis 2017 une dizaine de vidéos sur la calvitie. Après avoir franchi le pas, il a mis son opération en ligne dans une vidéo (monétisée).

« Il y a dix ans, je regardais sur des forums américains des avant-après anonymes pas très qualitatifs… En tant que « youtubeur beauté pour hommes », ça fait longtemps que je voulais faire une vidéo qui parlait de greffe de A à Z » raconte Winslegue, qui précise être totalement indépendant de la clinique. « Je n’ai eu que des retours positifs. Jean-Michel Maire [chroniqueur de Touche pas à mon poste !, NDLR] était un des premiers à parler de sa greffe sans tabou. Maintenant, notamment en ligne, on dédramatise la calvitie ! »

Étape n°4 : la dépression et son exploitation

Dédramatisée ou pas, on a vu que la calvitie suscitait des réactions vives — la panique, le désespoir, peut-être même un certain vertige du temps qui passe. Et ne dépense-t-on pas plus vite son argent sous le coup de l'émotion ? Résultat : médecins ou charlatans, tous ceux qui affirment pouvoir traiter l'alopécie androgénétique multiplient les opérations de guérilla marketing pour essorer les internautes inquiets.

« Sur un forum bloqué depuis, des médecins s’invectivaient sous pseudo. Il n’y avait que des bastons au sujet des différentes techniques de greffes », raconte Nicolas. Aujourd'hui, le patron de l'International Hairloss Forum est convaincu que « les gens sont moins crédules qu’avant ». Pourtant, les tentatives de rabattage restent fréquentes. À travers des vidéos YouTube ou divers posts, les cliniques de greffe de cheveux — surtout low cost, en Turquie, Tunisie ou Hongrie — vantent leurs résultats.

Dans cette jungle règne la publicité masquée ou mensongère. Difficile de savoir si les messages d'utilisateurs qui vantent la « lotion du docteur Brotzu » ne sont pas rédigés par le mystérieux docteur Brotzu lui-même. Je suis tombé en quelques clics sur d’obscurs « protocole de perte de cheveux », « consultant capillaire », remèdes naturels, ou blogs renvoyant vers une clinique… En fait, il existe tellement de pseudo-remèdes miracles que l’Inserm a récemment utilisé la calvitie pour illustrer la vidéo de lancement de sa série YouTube anti-fake news. Dur.

Sur International Hairloss Forum, Nicolas a mis un palliatif en place : « Le forum est libre, n’importe quel médecin peut participer. Mais j’ai une dizaine de partenaires — à qui je pourrais confier ma tête — que je mets en avant avec une galerie où ils peuvent afficher leurs résultats. » En échange : de l’argent pour « faire vivre le site et payer les déplacements en congrès » ou des prestations de service comme une chirurgie.

Étape n°5 : éteindre son ordi et accepter

Après un tel périple, je commence à me dire que l’acceptation n’est pas si mal. Je ne veux pas devenir comme ces membres d'International Hairloss Forum qui retracent les grandes périodes de leur lutte anti-calvitie dans leur signature (« 2016: légère dégradation > passage au reishi+saw palm+courge »). Les mots les plus rassurants sont ceux de l’ethnologue Christian Bromberger : « Depuis quelques temps, la société a une vision relativement positive sur la calvitie. Ce serait signe de puissance et de sexualité débordante. Personne ne remettrait en cause la virilité d’un Yul Brynner ! »

D’autant que Nicolas a une botte secrète : « Les chauves compensent par la muscu. Sur le forum, j’ai une paire de mecs qui prennent des protéines ! » Je crois que quelques nouvelles lectures m’attendent.

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