Asgardia

Un marchand d'armes russe s'est autoproclamé leader de la nation spatiale d'Asgardia

Et il a organisé une sacrée soirée dans un palais viennois du 13ème siècle pour fêter ça.

Matthew Gault

Matthew Gault

Image : Capture d'écran/YouTube

C'en est fini de la Terre. On a bien rigolé sur le plancher des vaches, il fallait bien que Donald Trump et la menace d'une annihilation nucléaire viennent tout gâcher. Nous sommes prêts à tout quitter les étoiles, notre destination de rêve. Par chance, une bande d'audacieux hurluberlus est en train d'établir une colonie spatiale en tout point conforme à nos attentes. Oubliez Elon Musk et ses terribles enclaves orbitales pour entreprises, faites connaissance avec les Asgardiens ; ces hommes et femmes de lettres sont déjà en train de secouer les textes de loi terriens pour établir une nouvelle civilisation dans le vide intergalactique.

Lundi 25 juin, Asgardia a donné une cérémonie d'inauguration incroyable pour son nouveau chef d'état moustachu et autoproclamé, Igor Ashurbeyli, un milliardaire russe qui a fait fortune en vendant des systèmes d'armement. Son projet : faire entrer la nation spatiale à l'ONU. Pour ce faire, Asgardia doit se doter d'un gouvernement fonctionnel. Elle a élu un parlement (une sélection bigarrée de personnalités internationales âgées de 40 à 80 ans, comme prévu par sa constitution) au mois d'avril dernier, juste avant qu'Ashurbeyli ne se déclare chef d'état.

Histoire de fêter ça, les Asgardiens ont organisé une soirée de sourd au Hofburg, le plus grand palais viennois et ancienne résidence impériale autrichienne. C'était bizarre. C'était beau. C'était élégant, magique comme les cérémonies terriennes ne savent plus le faire. En introduction des festivités, des enfants ont présenté un message très particulier du cosmonaute Oleg Artemiev, actuellement en orbite dans la Station spatiale internationale.

Ce lancement extraterrestre effectué, Ashurbeyli a pris place sur l'estradé, posé sa main sur la constitution asgardienne, juré de porter ses idéaux et reçu le collier de pierreries cérémonial de la nation des étoiles. Grâce à sa prévenance bienveillante, nous avons évité la catastrophe : remarquant que le collier allait lui être enfilé à l'envers, le seigneur de l'espace Ashurbeyli a souri et gentiment rappelé son sujet à l'ordre.

Ainsi légitimé, Ashurbeyli a donné son premier discours de chef d'Asgardia. Les festivités, les vraies, ont commencé après une demi-heure de pause dans la cérémonie. Du divertissement de classe internationale, lancé par le récital techno (pensez Cinquième élément, la diva Plavalaguna) d'une star d'opéra viennoise.

Après, une femme en Kimono a chanté du Mozart acapella.

Un orchestre a donné tout ce qu'il avait pour un couple de danseur de flamenco.

Une femme a réalisé une danse bollywoodienne, un homme a chanté en l'honneur de New York, puis le bouquet final est arrivé : une performance de violon électrique si imparable qu'elle a complètement couché la salle.

C'était une nuit de culture, de danse et d'étrangeté. C'était tout ce que nous attendons du futur. Enfin, presque tout. Dommage que ce futur appartienne désormais à un milliardaire russe. Mais bon : son sourire était doux, sa soirée profilée et, pour le moment, c'est à peu près tout ce que nous pouvions espérer.