Il existe désormais une version de Wikipédia sur le dark web

L'encyclopédie collective en ligne est enfin accessible aux personnes vivant dans des pays pratiquant la censure.

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nov. 27 2017, 10:01am

Image : Flickr/Jay Clark

Dans de nombreuses régions du monde, dont la France, l'accès à Wikipédia est tenu pour acquis et l'historique d'édition de ses articles est étroitement surveillée. Aux États-Unis par exemple, des comptes Twitter ont été créés afin de suivre les activités des fonctionnaires qui modifient des articles Wikipédia sur leur temps de travail. Si une quelconque organisation ou État entreprenait une campagne de propagande sur l'encyclopédie, une armée de bots le signalerait immédiatement et de manière publique.

En revanche, dans des pays comme la Turquie ou la Syrie, utiliser Wikipédia peut être difficile, voire dangereux.

Wikipedia est toujours bloqué en Turquie depuis que le gouvernement a restreint l'accès au site après le coup d'État manqué de 2016. De même, l'activiste syro-palestinien et rédacteur en chef de Wikipedia, Bassel Khartabil, aurait été exécuté par le gouvernement syrien. Afin de rendre Wikipédia plus sûr pour les utilisateurs surveillés par le gouvernement turc, un ancien ingénieur en sécurité de Facebook, Alec Muffett, a lancé un service Wikipédia expérimental sur le dark web. Celui-ci permet aux visiteurs de surfer sur l'encyclopédie sans compromettre leur vie privée. Le projet n'a rien d'officiel, et pour le moment, Wikimedia ne s'y est pas associé.

Le service est accessible par l'intermédiaire du navigateur Tor, qui permet de dissimuler votre position à quiconque essaierait de vous suivre. La version normale de Wikipedia est déjà accessible via Tor, mais pour y accéder le trafic de l'utilisateur doit brièvement quitter le réseau privé Tor – ce qui rend ce dernier vulnérable à la surveillance au moment où le trafic n'est plus chiffré. Muffett, de son côté, a créé ce que l'on appelle un "service oignon" pour Wikipedia sur le réseau Tor – c'est-à-dire un service assurant que votre trafic ne quitte jamais les frontières chiffrées et sécurisées de Tor.

"Les services oignon sont traditionnellement utilisés pour garantir l'anonymat sur Internet, mais en réalité, ils assurent deux autres fonctions bien utiles : la discrétion (votre employeur ne peut pas savoir quelles pages web vous visitez, par exemple) et la confiance (si vous accéder à facebookcorewwwi.onion, vous êtes bel et bien connecté à Facebook)," m'explique Muffett par email. "Mon code est en accès libre", ajoute-t-il. "Je fais ça parce que c'est utile, parce que ça vaut le coup."

Quand il travaillait encore chez Facebook en 2014, Muffett a lancé le service oignon du réseau social. Cette année le New York Times a renchéri en lançant son propre service oignon en utilisant l'outil open source créé par Muffett, l'Enterprise Onion Toolkit (EOTK). En bref, notre homme n'en est pas à son coup d'essai. Son service oignon pour Wikipédia utilise des certificats auto-signés qui peuvent déclencher un avertissement de sécurité sur Tor : cela exige de créer une liste blanche d'adresses, ce qui ne prend que quelques minutes.

"J'aimerais montrer aux gens comment faire de manière concrète, pour que ces opérations ne restent pas quelque chose de très abstrait", m'explique Muffett. "Je serais ravi que Wikimedia s'approprie cet outil, ou du moins crée sa propre solution. De mon point de vue, l'important est d'avancer la preuve de concept de ce système, et EOTK est là pour ça."

Le service oignon de Wikipédia est en lecture seule, puisque Wikipédia bloque l'édition du site sur Tor pour empêcher les trolls de nuire. Rendre le service plus complet et plus interactif exigera donc la participation active de Wikimedia.

Au sein de la communauté Wikipédia, la création d'un service oignon est sur toutes les lèvres depuis un moment, mais Muffett semble être la première personne à en créer un. Il s'est engagé sur Twitter à "le faire tourner pendant quelques jours", mais avec le soutien de Wikimedia, il pourrait devenir un service permanent.