Les extenseurs de pénis fonctionnent-ils vraiment ?

Pour la science, nous avons tenté de résoudre l'un des mystères les plus épineux de l'univers pop-up.

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06 février 2018, 12:02pm

Image : YouTube

Si vous le désirez, vous pouvez obtenir un pénis plus long et plus gros. Cette promesse – ou l'une de ses innombrables variantes – est le prélude à la plupart des spams et autres pop-up friponnes qui fleurissent régulièrement devant vos yeux chastes, et ce, depuis l'aube de l'Internet.

Des produits destinés aux hommes qui ne sont pas satisfaits des dimensions de leur membre, il y en a des dizaines. Pilules, onguents, pompes à pénis, tutoriels et autres techniques arabes ancestrales (comme le jelging)... à qui veut de la grosse bite, on en donne. Ces approches disparates ont toutes un point commun, cependant : une absence totale de preuves cliniques de leur efficacité. Malgré tout, les spams continuent à arriver, et les pop-up à apparaître. Comment expliquer ce phénomène, qui court depuis plus d'une décennie ? Personne ne s'est donc rendu compte que ces produits étaient de la bonne vieille camelote ? Existe-t-il réellement des quantités d'hommes prêts à tout dans l'espoir d'étirer leur fierté de quelques centimètres ?

On pourrait imaginer que la désirabilité du concept même de gros pénis s'est installée assez profondément dans les consciences pour créer une obsession à l'échelle de la société toute entière. Pourtant, la plupart des hommes trouvent leur pénis tout à fait convenable, de même que celui de leur(s) partenaire(s). En fait, une étude récente montre que 85% des Américains sont plutôt contents de leur extrémité du milieu. Une autre étude rapporte que la même proportion de femmes hétérosexuelles (86%) n'a rien à redire sur le matériel de leur conjoint. Hélas, la même étude – publiée dans la revue Psychology of Men & Masculinity, montre que 45% des hommes auraient aimé un plus gros pénis malgré tout.

Comment expliquer ces contradictions apparentes ? Le problème de ces études, c'est qu'elles sont basées sur des questionnaires pas toujours très bien conçus, dont les questions sont ambiguës, mal formulées, et parfois contradictoires. Par exemple, si je devais répondre à la question "Êtes-vous satisfait par la taille de votre pénis ?", j'aurais tendance à répondre "oui". En revanche, si on me demandait "Aimeriez-vous que votre pénis fasse 2 ou 3 centimètres de plus ?", je répondrais "mais oui, pourquoi pas !", sans que cette réponse ait un lien direct avec ce que j'estime être une taille de pénis acceptable.

Des chercheurs de l'université de Californie et de l'université du Nouveau Mexique ont montré que les femmes hétérosexuelles ayant participé à l'étude préféraient des pénis moyens ou un peu plus gros que la moyenne chez leurs partenaires à long terme (c'est ce que l'on appelle affectueusement "les bites de petit copain"), et qu'elles montraient une préférence pour les très gros pénis uniquement chez les partenaires d'une nuit (ou les partenaires à court terme). Les auteurs de l'étude notent que "en moyenne, les femmes hétérosexuelles ont des relations sexuelles plus satisfaisantes au sein de relations à long terme. On peut donc imaginer qu'elles cherchent à compenser le déficit de plaisir sexuel et de connexion émotionnelle des relations sexuelles occasionnelles en privilégiant des partenaires à gros pénis, qui leur procurent des sensations plus intenses."

D'autres études ont montré que, jusqu'à un certain point, la taille d'un pénis flaccide avait réellement un effet sur la perception que les femmes pouvaient avoir d'un partenaire masculin. Dans ces conditions, on imagine aisément que le génie qui trouvera un jour une méthode peu onéreuse, sans danger et efficace pour agrandir les pénis sera milliardaire en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "corps caverneux."

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Or, il apparait que cette technique miracle a été inventée depuis un bout de temps. Il s'agit d'un simple système de traction pénien composé d'un support en plastique composé d'une attelle qui se fixe en-dessous du gland, et d'une autre que l'on place à la base du pénis. Les deux tiges métalliques reliant ces deux colliers peuvent être allongées progressivement par l'utilisateur, étirant le pénis de semaine en semaine. Son efficacité a été confirmée dans plusieurs études scientifiques publiées dans des revues à comité de lecture, et Amazon sera heureux de vous en vendre un pour 35 balles à peine. (Bien sûr, si vous vous sentez super chic, la Rolls Royce des extenseurs péniens vous en coûtera de 75 à 300€.)

Pourtant, si l'on en croit les classements d'extenseurs de pénis sur Amazon, personne n'est encore devenu aussi riche que Jeff Bezos en les fabriquant à la chaine. Voilà qui me parait extrêmement étrange dans la mesure où 1) Des milliards de personnes veulent, de toute évidence, un pénis plus grand que la moyenne et 2) on peut obtenir un plus grand pénis en quelques mois à peine.

Cette méthode est d'ailleurs la seule technique non-chirurgicale à avoir démontré qu'elle pouvait provoquer un allongement pénien. Une étude publiée dans le journal de la British Association of Urological Surgeons a montré que, en moyenne, les utilisateurs qui utilisaient un extenseur 4 heures par jour pendant six mois augmentaient la longueur de leur pénis (flaccide) de 1,7 cm.

D'autres études ayant examiné différentes méthodes d'étirement pénien ont répliqué ces résultats avec une exactitude quasi parfaite. Une extension de 1,7 cm vous semblera peut-être minime, mais pour un homme dont le membre en érection mesure 14,2 cm, cela représente un gain de presque 12%. À l'échelle de la stature humaine, cela revient à la différence entre 1,72 m et 1,93 m, par exemple. Oh, et si vous pensez que 14,2 cm n'est pas une taille particulièrement impressionnante, sachez qu'il s'agit pourtant de la taille moyenne d'un pénis en érection chez l'homme, selon une méta-étude ayant fait intervenir 15 521 individus munis de pénis – lesquels ont été mesurés par des professionnels selon une méthode standardisée. (De fait, les longueurs de pénis autodéclarées sont souvent arrondies au centimètre, voire au décimètre supérieur, et les chercheurs doivent donc mesurer des centaines de pénis à la main s'ils veulent être sûrs de collecter des données fiables.)

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Alors oui, les extenseurs de pénis fonctionnent vraiment. Tout cela ne répond pourtant pas à la question fondamentale : pourquoi tout le monde n'étire-t-il pas sa bite, soit de son propre chef, soit à la demande de sa ou son partenaire ? Il s'agit peut-être d'un bête problème de communication et de publicité : on peut imaginer que la plupart des gens n'ont pas conscience qu'il existe bel et bien une méthode fiable pour agrandir son pénis. Ou alors, c'est seulement que la perspective de placer son pénis dans une structure en plastique et de l'y laisser pendant des heures, des jours, des semaines, des mois durant – abandonnant ainsi toute aspiration au confort génital – suffit à décourager tous ceux qui aimerait pendouiller un peu plus près du sol.

Autre hypothèse : parce que la force de traction ne contribue en rien à augmenter la circonférence du pénis, les hommes préfèrent renoncer entièrement à la méthode après un rapide calcul bénéfices/risques. De fait, l'idée selon laquelle la largeur est préférable à la longueur est déjà solidement imprimée dans les imaginaires. Elle est d'ailleurs appuyée une autre étude, qui montre que la satisfaction sexuelle des femmes hétérosexuelles et leur propension à avoir des orgasmes par pénétration vaginale serait plus étroitement corrélée à la circonférence du pénis de leur partenaire qu'à sa longueur totale.

Enfin, peut-être que l'adoption généralisée de l'extenseur de pénis est ralentie par la crainte des hommes d'être identifiés comme des "étireurs" par leurs proches, leurs collègues, et leurs connaissances en général. Peut-être également que la communication, l'intimité et la connaissance sont rarement idéales au sein des couples, au point que les discussions portant sur l'anatomie génitale de l'un ou de l'autre des partenaires soient rarement lancées.

C'est d'ailleurs la combinaison de tous ces facteurs qui m'a fait renoncer à l'extension pénienne, même si le simple fait de mettre mon pénis dans une gaine pendant six mois pourrait donner lieu à un excellent article. De fait, même si nous savons que les pilules, crèmes, pompes à pénis et autres huiles à la con sont inefficaces, cela ne nous aidera pas à savoir ce que nos partenaires sexuels veulent – vraiment. Il est grand temps d'être plus malins que le marketing du sexe et de provoquer le dialogue.

Cet article a initialement été publié sur Tonic.