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L'horrible histoire du scientifique qui a failli devenir sourd à cause de ses toilettes

Le physicien Philip Metzger a presque perdu l'ouïe en laissant tomber l'abattant de ses toilettes. En bon scientifique, il a tenu à savoir comment une telle chose avait bien pu arriver.

Daniel Oberhaus

Daniel Oberhaus

Images : Shutterstock / Montage : Daniel Oberhaus

Les accidents bizarres sont monnaie courante. Cependant, peu sont aussi bizarres que celui dont a été victime Philip Metzger, un ancien physicien planétaire de la NASA qui est presque devenu sourd après avoir laissé tomber une lunette de toilettes.

Dans un thread Twitter publié vendredi dernier, Metzger raconte qu’il était occupé à réparer le réservoir et la chasse d’eau de ses toilettes lorsqu’ l’abattant lui a échappé des mains. Un instant plus tard, le lourd couvercle de céramique percutait la cuvette de plein fouet sans même se fendre. Une bien mauvaise nouvelle pour le scientifique.

« Le bruit m’a sonné, a-t-il tweeté. J’ai titubé hors de la salle de bain et suis tombé à genoux dans mon salon en me demandant ce qui venait de se passer. C’était surréaliste. Et puis j’ai décidé de faire examiner mon audition parce que j’avais le sentiment que quelque chose n’allait pas. »

Metzger raconte qu’il entendait sa propre voix comme s’il parlait « au travers d’un kazoo. » Pour ne rien arranger, il s’est rendu compte en fredonnant une gamme qu’il n’entendait ce son kazooïde que sur certaines fréquences.

« Cette saleté d'abattant était tombée d’à peine 20 centimètres, a tweeté Metzger. Comment avait-elle bien pu ruiner mes oreilles à ce point ? »

En bon physicien, Metzger a décidé de résoudre cette énigme. Il a d’abord cherché la vitesse à laquelle le son se déplace dans la céramique. En effet, la vitesse du son dépend du matériau dans lequel il se propage. Joint par Motherboard, il a indiqué que la vitesse du son dans la céramique était à peu près le même que dans les briques, c’est-à-dire environ 4 000 mètres par seconde. Pour déterminer la fréquence du son, il a ensuite dû calculer la longueur d’onde de la vibration générée par l’impact de la lunette sur la cuvette.

La fréquence d’une onde est égale à sa vitesse divisée par sa longueur. Cependant, comme le son dont il est question ici s’est propagé dans un medium contraint - l’abattant - il a également généré une onde stationnaire. Cela complique un peu les choses, car cette histoire d’onde stationnaire signifie que le son s’est déplacé d’un bout de l’abattant à l’autre avant de rebondir.

Pour tenir compte de tout cela, Metzger a dû diviser la vitesse de l’onde par la longueur de l’abattant avant de diviser le tout par deux pour obtenir la fréquence. Résultats: 3,5 kHz, ou 3 500 cycles d’onde par seconde.

Le fait que l’abattant des toilettes ne se soit pas brisé à l’impact signifie que la quasi-totalité de l’énergie qu’il a emmagasinée pendant sa chute a été transformée en son. (La fraction restante s’est dissipée sous forme de chaleur.) Le problème, c’est que l’abattant est concave, et donc qu’il se comporte comme une antenne. Cela signifie que toute l’énergie du son a fini droit dans la poire de Metzger, mais aussi qu’il est resté limité à quelques fréquences spécifiques (3,5 kHz et ses harmoniques).

« L’énergie voyage dans votre oreille interne et dans la cochlée, explique Metzger sur Twitter. Comme l’abattant a mis toute l’énergie dans certaines fréquences, le son s’est concentré sur des zones spécifiques de la cochlée. Apparemment, cette concentration d’énergie était suffisante pour endommager les cils de la cochlée, pour les plier comme de l’herbe piétinée. »

L’onde de pression d'un son dépend de sa fréquence. En bon petit veinard, Metzger était assez proche de la cuvette pour recevoir presque toute la puissance de l’onde sonore dans l’oreille. Sur la base d’une chute de l’abattant de 20 centimètres, d’un temps de rebond d’un vingtième de seconde et d’une distance visage-toilettes de 50 centimètres, il a reçu 138 décibels. L'équivalent d'un concert particulièrement bruyant ou d'un coup de feu entendu à 30 mètres.

Un tel niveau de son peut être dangereux lorsqu’il est proche, concentré dans le temps et ramassé sur des fréquences spécifiques (contrairement aux nombreuses fréquences d’un concert). En fait, des pertes auditives peuvent survenir avec des sons brefs aux alentours de 140 décibels. Metzger était clairement dans la zone rouge.

« Ce qui l’a rendu dangereux (à mon avis), c’est la dureté de la surface sur laquelle il a rebondi, analyse Mertzger sur Twitter. L’énergie a été convertie en son en un instant, ce qui l’a rendu très intense. De plus, l’abattant ne s’est pas cassé ou fendu, toute l’énergie est allée dans le son plutôt que dans la fracture des liens moléculaires. »

L’ouïe de Metzger ne s’est pas immédiatement remise après l’incident, ce qui l’a poussé à consulter un ami audiologue qui lui a conseillé de rendre visite à un ORL si le problème ne s’était pas arrangé dans les deux jours. Passé ce délai, les dégâts risquent de devenir permanents. Metzger affirme qu’il approchait de cette limite quand son audition a commencé à se stabiliser.

Toute cette affaire a été un choc pour lui, c’est certain. Cependant, Metzger reconnaît qu’il n’est pas encore prêt à insonoriser sa salle de bain.

« Un abattant plus sûr devrait juste se briser à l’impact en utilisant l’énergie disponible pour casser les liens moléculaires, a-t-il expliqué. Ou il devrait être fait d’un matériau peu dur, qui ne résonne pas sur les hautes fréquences. Bien sûr, il y a des problèmes plus graves dans la vie ! »