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art spatial

Un mini-musée va se poser sur la Lune en 2019

Pas de dick pics dans le MoonArk.

Daniel Oberhaus

Daniel Oberhaus

Image : MoonArk/Twitter

En 1969, un petit groupe d'artistes est parvenu à glisser une plaquette de céramique dans l'alunisseur d'Apollo 12. Connue sous le nom de "Moon Museum", cette mini-galerie grosse comme un timbre accueillait les oeuvres de six artistes, dont un pénis dessiné par Andy Warhol. Elle a été la première création artistique à voyager dans l'espace, et reste à ce jour la seule qui repose à la surface d'un autre corps céleste.

Cela va changer en 2019, quand la Lune accueillera un nouveau musée baptisé MoonArk.

À l'origine, le MoonArk a été conçu par l'artiste américain Lowry Burgess. Cela fait dix ans qu'il est en préparation ; 200 artistes venus du monde entier ont participé à sa conception. Sa structure cylindrique, haute d'une vingtaine de centimètres et large d'environ cinq centimètres, ne pèse que 170 grammes. En dépit de ses proportions réduites, le MoonArk aura coûté plus d'1,4 million de dollars à ses créateurs une fois posé sur la Lune. Un petit prix pour une oeuvre supposée durer des millions d'années.

L'une des quatre boîtes du MoonArk. Image : MoonArk

Le MoonArk alunira à bord de l'Astrobiotic Lunar Lander, un véhicule spatial conçu en grande partie à la Carnegie Mellon University dans le cadre du Lunar X de Google, un prix qui promet 20 millions de dollars à la première équipe privée qui posera un robot sur la Lune. En 2008, l'équipe de la Carnegie Mellon University a proposé à Burgess de créer une oeuvre pour la mission. L'artiste a immédiatement accepté.

Concevoir une oeuvre d'art pour une galerie lunaire est une entreprise intimidante. La pièce doit être incroyablement petite, légère et néanmoins capable de résister à l'environnement lunaire. À la surface de notre satellite, les températures oscillent entre 125°C et -175°C.

"Les conditions auxquelles le projet a dû se soumettre étaient énormes parce qu'envoyer 450 grammes dans l'espace coûte un million de dollars, m'a expliqué Burgess, désormais professeur d'art à la Carnegie Mellon University, au cours d'un appel téléphonique. Comme peu de projets artistiques ont un million de dollars à disposition quand ils commencent, j'ai dû faire très petit et très léger."

Burgess était le candidat évident pour un projet aussi extrême. En 1989, il a créé le "Boundless Cubic Lunar Aperture", la première oeuvre commandée officiellement par la NASA pour mise en orbite. Il est également passionné d'histoire de l'astronomie. L'infatuation artistique de notre espèce pour la Lune a inspiré ses croquis pour le design du MoonArk.

"Nous n'aurions pas de vie sur Terre sans la Lune, elle amène tout à la vie, explique Burgess. L'idée du MoonArk était de ramener la vie sur la Lune, comme un cadeau qui montre ce qu'elle a créé."

Une copie de la version finale du MoonArk est exposée deuis la fin de la semaine dernière au Carnegie Museum of Natural History. Elle est constituée de quatre boîtes cylindriques de 5 centimètres de diamètre et de hauteur empilées les unes sur les autres. Burgess explique que chaque art majeur (architecture, design, musique, théâtre, ballet et poésie) est représenté dans l'assemblage. Toutes les boîtes évoquent ces formes par le prisme d'un thème général : Terre, Metasphère, Lune ou Ether.

La partie Terre repose sur notre planète et ses créatures. La Metasphère souligne l'aspect communicationnel de notre espèce, du contenu de nos messages à l'infrastructure satellite sur laquelle ils reposent. La boîte Lune détaille notre relation à notre plus proche voisine céleste. Ether place la Terre et son satellite dans un contexte cosmologique plus large.

Les composants de la boîte Ether. Image : MoonArk

Bien qu'elles contiennent toutes des éléments uniques, les boîtes sont unies par les thèmes généraux du design du MoonArk. Chacune d'entre elle est constituée d'une cage d'aluminium qui protège des bandes de 4 centimètres sur 12, où sont dépeintes de petits morceaux d'existence terrestre : une nuit vue depuis l'espace, des clichés échangés par message entre un mari et sa femme sur plusieurs mois. En son centre, chaque boîte abrite une sculpture unique. Celle de la Terre évoque le plancton, celle de la Lune les diamants.

Au-dessus et en dessous de ces sculptures, des disques de saphir ultrafins recouvert de gravures de platine représentes divers aspects de la vie sur et hors de la Terre : la migration des baleines à bosse, des clichés des missions Apollo. Les éléments qui insèrent ces disques dans les boîtes sont eux aussi des oeuvres d'art. Le MoonArk transportera également de l'ADN de plusieurs formes de vie, comme la Sterne arctique, une collection de plancton, des échantillons d'eau prélevés dans la rivière la plus polluée d'Inde et les différents océans, des cartes de bois inuit des côtés du Groenland et plus encore.

Le centre des boîtes empilées est vide. Sur la Lune, elles seront disposées par l'alunisseur Astrobiotic de sorte à ce que leur sommet pointe vers Andromède, la galaxie la plus proche de la Voie lactée, et que la lumière du soleil les traverse.

Mark Rooker, professeur d'art à l'Université James Madison, travaille sur l'une des sculptures du MoonArk. Image : MoonArk

Le MoonArk n'alunira pas avant 2019. Pourtant, son aventure cosmique est en route depuis déjà un an. En octobre 2016, Burgess et quelques-uns de ses collègues ont écrit une "Symphonie pour Andromède", une oeuvre musicale qui mêle sons naturels et composition originale. Le radiotélescope de Dwingeloo, aux Pays-Bas, l'a d'ores et déjà envoyée en direction de la galaxie d'Andromède. Une image de la symphonie est également gravée sur l'un des disques de la quatrième boîte du MoonArk.

Alors qu'Elon Musk et autres pionniers de la conquête spatiale privée bataillent pour transformer les humains en espèce interplanétaire, Burgess pense que les projets d'art spatial comme le MoonArk sont promis à un grand rôle dans la colonisation du système solaire.

"Les humains ne sont pas que des créatures de technique, nous sommes des créatures culturelles, des créatures spirituelles, affirme Burgess. Les arts sont une grosse partie de la vie humaine. Si nous allons dans l'espace, nous allons prendre tout ça avec nous. Le MoonArk est une prophétie de cette potentialité."

L'une des bases de saphir avec ses gravures de platine. Image : MoonArk
Des croquis initiaux pour le MoonArk. Image : MoonArk
Les quatre boîtes désassemblées sans leur bandes illustrées. Image : MoonArk