Je suis retourné sur World of Warcraft après 10 ans d'absence et ça m'a fait bizarre

C'est facile, excitant et compliqué. Assez, en fait, pour que j'arrête de jouer à tout jamais.

|
juil. 31 2018, 6:45am

Ça fait dix ans que je n’ai pas joué à World of Warcraft. Pourtant, j’essaie de m’y remettre. C’est le moment ou jamais : pour la sortie d’une nouvelle expension, Battle for Azeroth, Blizzard facilite au maximum le retour des anciens joueurs. Les deux jours que je viens de passer dans le MMORPG ont déjà été épuisants, étonnants, amusants et débordants de drama. Je ne sais pas si je vais continuer à jouer. J’en ai envie, mais je sais aussi ce qui se passe quand je tombe dans la dépendance à WoW.

World of Warcraft est sorti en 2004. À ce moment-là, je l’ai pris en plein dans le buffet. J’avais 21 ans, je finissais la fac, je travaillais dans un cyber-café de Dallas qui organisait régulièrement des LAN. J’avais grandi en jouant à des MMORPG comme EverQuest et Dark Age of Camelot. Tous mes amis étaient très excités. Blizzard n’avait encore jamais lancé de mauvais jeu. Nous comptions sur lui pour nous tirer du marché de l’époque, par trop peuplé de MMO médiocres, voire nuls.

Et c’est exactement ce qu’il a fait. Difficile de dire à quel point World of Warcraft a changé les choses. Avant lui, les MMO avaient souvent des airs de punition. Il était tout à fait possible de grinder toute la journée dans EverQuest et mourir des mains d’un ennemi excessivement puissant en rentrant au bercail. Combien de joueurs ont perdu des jours et des jours de travail (oui, des jours et des jours) comme ça ? J’ose à peine l’imaginer.

WoW était radical : dans son approche, un MMORPG n’avait pas à être punitif pour être fun. Après dix années de pause, je peux confirmer que Blizzard est resté fidèle à cette idée, et même qu’il l’a poussée encore plus loin.

J’ai quitté World of Warcraft en 2007, juste après la sortie de sa première extension Burning Crusade. À ce moment-là, la plupart de mes amis avaient élu domicile sur différents serveurs, trouver des compagnons de jeu était difficile (ainsi va la vie pour un voleur mort-vivant focus sur le DPS) et le dungeon finder, cette bienheureuse extension qui permet de trouver rapidement un groupe en manque de bras, n’avait pas encore été ajoutée au jeu par l’extension Wrath of the Lich King (sortie en 2008). Tout le contenu de haut niveau était contrôlé par des guildes hyperactives et sur-organisées. Le loot qu’elles récupéraient était distribué suivant un système complexe, mêlant mesure des performances au combat et politique interne.

Je pratiquais déjà Wow. Rejoindre ce genre de guilde me semblait demander trop de travail. Alors j’ai laissé tomber. Je ne suis pas revenu, même quand l’envie m’en a pris ; il aurait fallu que j’achète toutes les extensions que j’avais loupées pour rattraper mon retard, ce qui ne m’enchantait guère.

Cependant, Blizzard étant Blizzard et Wow étant WoW, j’ai fini par me laisser avoir par leurs efforts de ré-intoxication. Pour préparer l’arrivée de Battle for Azeroth, le studio a décidé que toutes les extensions précédentes seraient gratuites pour les nouveaux abonnés. De plus, pré-commander la nouvelle extension donne droit à un personnage déjà porté au niveau maximum, ce qui permet de rattraper d’éventuel amis rendus surpuissants par des années de pratique. Il est même possible d’essayer un personnage niveau 100 avant de décider de son arbre de progression.

World of Warcraft s’est amélioré de mille autres façons plus discrètes. Par défault, l’interface montre désormais où il faut se rendre pour accomplir une quête. Le jeu comporte désormais une encyclopédie richement fournie, qui contient tant les plans des donjons que l’emplacement des boss. Tous les serveurs sont désormais croisés, ce qui permet d’assembler un groupe d’amis dispersés partout sur le réseau.

Se balader dans Azeroth est une expérience bizarre, familière et pourtant différente. Les graphismes sont plus beaux qu’avant ; je reconnais les modèles qui ont reçu une upgrade et ceux qui sont comme ils étaient quand je suis parti. L’extension Cataclysm a changé certaines parties de la carte elle-même, certaines zones que j’ai arpentées en long, en large et en travers m’apparaissent désormais méconnaissables. Certains donjons, au contraire, sont en tout point conformes à mon souvenir. Orgrimmar est plus belle, différente, mais elle est toujours la ville de la Horde que je connais et que j’aime.

J’ai l’impression de revenir à la maison. Ça me semble dangereux. WoW est connu pour être addictif. Mes amis s’y sont remis, eux aussi. Ma copine, une joueuse de longue date, m’a donné 10 000 pièces d’or et plusieurs sacs à 30 emplacements. Un ami m’a envoyé un message l’autre jour pour me dire qu’il était resté debout tard pour jouer à WoW. J’ai demandé à quel point. Il m’a répondu : « 5 heures du matin, je crois. Je ne suis pas sûr à 100%. Je suis salement dans le gaz. »

Un autre ami — ancien toxicomane de WoW en rémission — a remarqué que je m’étais connecté, même si ce n’était que pour faire une capture d’écran pour cet article. « Pourquoi joues-tu à WoW ? » s’est-il empressé de me demander par message.

« Parce que je me hais », ai-je répondu.

« Arrête », s’est-il contenté de répondre.

« Je n’ai pas joué depuis dix ans », ai-je riposté.

« Tant mieux, a-t-il conclu. Continue comme ça. » Quelques messages plus tard, il m’aidait à faire un choix difficile : devais-je booster mon chevalier de la mort jusqu’au niveau maximal ou choisir une autre classe en le gardant de côté pour garder un accès au vieux contenu ? D’un seul coup, il avait basculé lui aussi. C’était aussi simple que ça.