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La victoire de Trump est un désastre pour la technologie et pour la Terre

Vous saviez que le réchauffement climatique était un mensonge inventé par la Chine pour ralentir l'économie américaine ?

Federico Nejrotti

Federico Nejrotti

Donald Trump est le nouveau président des Etats-Unis, le compte Twitter de Black Mirror a confirmé que ce n'était pas un épisode de la série ou une campagne de marketing et, hey, je ne voudrais pas avoir l'air de radoter mais la stupeur horrifiée que nous avons tous ressentie ce matin au réveil est une conséquence directe du gouffre qui sépare désormais le monde de l'information virtuelle du monde réel : les électeurs de Trump étaient invisibles pour beaucoup de gens, et pourtant il a gagné.

Après quelques heures de panique bien méritée, il est temps de se poser quelques questions, et notamment d'identifier clairement les intentions de Trump en matière de technologie. Par ailleurs, nous ne pouvons pas laisser un leader mondial qui nie le réchauffement climatique s'en tirer à si bon compte.

Avant toute chose, il faut faire une petite précision : quand nous parlons de technologie, désormais, nous parlons d'à peu près tout, tant l'écosystème digital pénètre de façon toujours plus pervasive nos existences, effaçant peu à peu la ligne qui sépare la technologie de ce qui auparavant n'en faisait pas partie. Par exemple, si je vous livrais un sermon sur la filter bubble - ce phénomène à cause duquel tous nos amis progressistes ont été incapables de s'apercevoir que Trump pouvait devenir président, du simple fait que l'Internet social génère facilement des caisses de résonance qui isolent le personnes qui pensent de la même manière que nous - il s'agirait en réalité d'un discours politique, et non technologique.

LA FILTER BUBBLE EST UN PROBLÈME POLITIQUE

C'est aussi à cause de la filter bubble que l'électorat américain a permis à Donald Trump de l'emporter, et il convient de se demander qui pourrait vraiment agir sur ce phénomène, qui sera clairement l'une des clés de la politique à l'avenir - il est très important de disposer d'un "thermomètre politique" dans une démocratie, et l'énorme surprise qui s'est produite ce matin est un symptôme indéniable de la défaillance d'un écosystème d'information qui jusqu'à présent n'avait jamais été autant piégé par les plateformes sur lesquelles circule l'information.

Il y a quelques mois, le Washington Post a publié une enquête sur le sujet : Blue Feed, Red Feed montrait comment chaque utilisateur ne voyait que certains types de posts sur Facebook sur certains thèmes, en fonction de la "couleur" politique que le site lui associait. Cette dynamique est éminemment politique dans la mesure où l'utilisateur est non seulement davantage incité à lire des informations venant de certaines sources, mais qu'en plus on l'empêche presque totalement de voir ce que l'autre camp a à dire. Les Démocrates et autres progressistes, comme une bonne partie du monde occidental, ont du attendre les résultats de ce matin pour réaliser à quel point Donald Trump était puissant et enraciné aux Etats-Unis.

LA NEUTRALITÉ DU NET EST UNE URGENCE ABSOLUE

Le président des Etats-Unis aura également pour tâche de faire évoluer les choses concernant les interfaces entre réseau et réalité : dans un monde digital constitué de services et de plateformes qui font tout leur possible pour exploiter l'absence de réglementation concernant la liberté dont ces mêmes entreprises bénéficient, les abus de pouvoir sont nombreux. Des discriminations d'Airbnb à la lutte des employés d'Uber, les plateformes digitales évoluent dans une sorte de monde féérique basé sur l'absence de véritable législation efficace et compatible avec les caractéristiques des services concernés.

De même, à une époque où la diffusion d'Internet s'accélère à un rythme vertigineux et où tout et tout le monde devient connecté, il est fondamental - pour les mêmes raisons - de sauvegarder le principe de neutralité du net et d'empêcher que les fournisseurs d'accès ne puissent imposer des inégalités de traitement. Malheureusement pour nous, comme le souligne Ars Technica, en 2014 Trump n'avait aucune idée de ce qu'était le principe de neutralité du net et je doute fortement qu'il s'y soit intéressé depuis. Pour ce qu'on en sait, les intentions de Trump se résument à sa volonté de dérèglementation générale concernant les télécommunications ; soit exactement le contraire de ce qu'il faudrait faire pour sauver la neutralité du net.

DONALD TRUMP VA FAIRE BOUILLIR LES ETATS-UNIS

Les idées de Donald Trump concernant le réchauffement climatique sont tellement folles qu'elles parviennent à reléguer tout le reste à l'arrière-plan : en bref, le nouveau président des Etats-Unis croit que le réchauffement de la planète est un mensonge inventé par la Chine pour ralentir l'économie américaine.

Vox a bien résumé toutes les raisons pour lesquelles sa victoire se transformera probablement en une série de clous bien plantés dans le cercueil de la planète Terre. Tout d'abord, Trump a affirmé vouloir abroger les règlementations du Clean Power Plan Act et du Clean Water Act. Dans le premier cas, il s'agit de lois qui limitent les émissions de gaz à effet de serre de la part des centrales électriques ; dans le second, d'une série de lois qui limitent la pollution chimique et biologique émise par les réserves d'eau des Etats-Unis.

Trump a également affirmé vouloir supprimer l'Environmental Protection Agency, abrogeant ainsi tout une série de lois qui limitent les émissions et la pollution du pays. Il veut également réduire (et/ou éliminer) toutes les dépenses publiques relatives à l'énergie propre et, surtout, il veut que les Etats-Unis se retirent de l'Accord sur le climat de Paris. Hyper bien, non ?

SCIENCE, CYBERSECURITE, ESPACE ET SILICON VALLEY

Sur ces derniers sujets, les intentions de Trump sont assez laconiques : à vrai dire, il n'en a quasiment pas parlé dans sa campagne. Et justement, il faut bien souligner qu'il est inacceptable qu'en 2016 un président des Etats-Unis n'ait pas mis noir sur blanc, lors de sa campagne électorale, les politiques qu'il entend mener en matière de science, de cybersécurité et d'espace.

Quoi qu'il en soit, les rares déclarations que l'on peut trouver de la part de l'intéressé ne laisse rien présager de bon : la distance qui semble séparer Trump de la rationalité scientifique risque fort de menacer les financements attribués à la recherche. Concernant l'espace, Trump a laissé entendre qu'il aimerait amortir les coûts liés aux programmes en développant les partenariats commerciaux, libéralisant ainsi un marché en plein expansion et pour l'heure soumis à des règles bureaucratiques très strictes. Quant à la cybersécurité, le sujet semble plutôt obscur pour Trump, qui a simplement manifesté son intention de réformer les services gouvernementaux qui s'y consacrent.

Jeff Bezos a une idée pour l'espace.

Pour conclure, il faut rappeler que l'éventuelle victoire de Trump avait beaucoup inquiété les grands leaders de la Silicon Valley, qui avaient déclaré dans une lettre ouverte que "sa ligne idéologique s'oppose à la libre circulation des idées et des personnes et aux échanges productifs entre notre économie et le reste du monde - qui sont fondamentaux pour la croissance et l'innovation."

Aujourd'hui cette peur est devenue réalité, et le pire, c'est que les turbulences que risquent de connaître les secteurs de la science et de la technologie aux Etats-Unis auront sans aucun doute des répercussions à l'échelle mondiale sur l'élan technologique que nous avons connu ces dernières années. Reste à savoir s'il s'agira d'une occasion pour les gouvernements de se mettre au niveau d'une industrie qui a des siècles d'avance sur les lois, ou d'un terrible coup dur pour l'écosystème digital.