Pris dans le scandale des publicités russes, Facebook achète des publicités Google

Faut-il vraiment soigner le mal par le mal ?

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oct. 12 2017, 10:56am

Image : Shutterstock

Au moins de septembre dernier, le Washington Post a révélé qu'une "troll farm" russe liée au Kremlin avait dépensé 100 000 dollars en publicité Facebook pendant la campagne présidentielle américaine de 2016. Les éléments diffusés, qui n'ont pas été révélés par le réseau social, ont été conçus pour exciter les tensions sociales et agiter l'opinion publique. Depuis, Mark Zuckerberg et ses employés ont ce qu'on appelle un "shitstorm" sur les bras.

Histoire de défendre sa réputation et celle de son entreprise, le patron de Facebook s'est exprimé en direct sur Internet le 21 septembre dernier. Au cours de sa déclaration, il a assuré aux deux milliards d'utilisateurs actifs de Facebook que de nouveaux moyens seraient investis dans la lutte contre les perturbations politiques extérieures. Il a également annoncé l'embauche de 1 000 "ad reviewers" supplémentaires.

Après le livestream de Mark Zuckerberg, Facebook a fait parvenir les quelques 3 000 publicités d'origine russe au Congrès. D'autres plateformes visées par ce qui ressemble à une campagne de désinformation russe, notamment Google et Twitter, ont fait de même.

Désormais, Facebook semble s'être mis en tête de combattre le mal par le mal. Quand on est face à un problème de publicité numérique, pourquoi ne pas riposter en achetant des publicités numériques ? Ce matin, lorsque j'ai tapé "Facebook Russian ads" dans Google, le premier résultat était un lien sponsorisé vers le réseau social. Son titre : "We Take Trust Seriously - Within The Facebook Community."

L'un de mes collègues a obtenu un résultat identique en entrant la même requête, en mode normal et incognito. Une petite pastille verte sous le lien ne laissait aucune place au doute : nous avions à faire à un lien publicitaire payé. En cliquant dessus, nous avons été redirigés vers une page qui vante les nouveaux efforts de Facebook contre ce qu'il appelle les "interférences électorales".

Lundi 9 octobre, le New York Times a révélé que Google avait découvert des preuves d'ingérence russe sur sa plate-forme, lui aussi : des comptes liés au gouvernement russe ont dépensé 4 700$ dans des publicités display et des mots clés sponsorisés.

Ce n'est pas la première que Facebook, un véritable monstre de publicité, essaye de lisser l'opinion publique en achetant de la réclame. La semaine dernière, le réseau social s'est offert une pleine page dans le New York Times et le Washington Post pour se défendre. Ces publicités ressemblaient à l'annonce Google sur laquelle je suis tombée par hasard.

Facebook achète des publicités pour lutter un scandale publicitaire : la situation ne manque pas de sel. Surtout, elle révèle l'état d'esprit actuel des hauts responsables de l'entreprise. Il y a quelques mois, Zuckerberg a refusé de reconnaître que sa plateforme avait joué un rôle dans l'élection présidentielle américaine de 2016. Aujourd'hui, il semble s'inquiéter du fait qu'elle puisse être perçue comme un obstacle à la démocratie.

Si Mark Zuckerberg souhaite vraiment changer l'opinion du public vis-à-vis de sa création, j'ai un conseil : mieux vaut y aller mollo avec la pub.

À la place, pourquoi ne pas jouer la transparence et révéler les publicités qui ont été confiées au Congrès ? Richard Burr, le président de la commission sénatoriale en charge de la surveillance des agences de renseignement, a dit qu'il était en droit de le faire.

La semaine dernière, j'ai contacté Facebook pour leur demander s'ils avaient l'intention de révéler ces publicités. J'attends toujours leur réponse.