Image : Rocket Lab/Twitter

Merci de ne pas mettre de boule disco en orbite basse

Humanity Star est un satellite extrêmement poétique et tout à fait inutile. Hélas, il compromet sérieusement les observations des astronomes professionnels et amateurs, en plus de grossir les rangs des débris spatiaux.

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26 janvier 2018, 9:38am

Image : Rocket Lab/Twitter

Samedi dernier, l'entreprise néo-zélandaise Rocket Labs a mis une charge utile en orbite avec succès grâce à sa fusée Electron. Parmi les objets embarqués sur l'engin spatial, deux satellites commerciaux accompagnés d'un curieux objet, "Humanity Star", une boule disco géodésique conçue par Rocket Labs.

Humanity Star est un objet d'art. Son seul but est d'être agréable à l'oeil et de charrier avec lui quelques symboles plus ou moins grossiers. Selon Rocket Lab, "le satellite lumineux et clignotant" sera visible à l'oeil nu la nuit, est "a été conçu pour encourager les gens à lever les yeux vers le ciel pour reconsidérer leur place dans l'univers". Sachant qu'il existe déjà plusieurs satellites lumineux et clignotants en orbite, visibles à l'œil nu, mais servant une fonction utile, l'initiative de Rocket Lab semble à première vue assez incompréhensible. On comprend à demi-mot que l'entreprise souhaiter là adresser un clin d'oeil au pragmatisme de l'industrie spatiale, dont les projets sont systématiquement – et heureusement – rationalisés en termes de coûts. Pourquoi pas.

En dépit des intentions manifestement bonnes de Rocket Lab, le projet a pourtant soulevé de nombreuses critiques.

Après l'annonce de l'envoi de la kitchissime charge utile de Rocket Lab, des astronomes professionnels et amateurs se sont exprimés sur Twitter pour témoigner de leurs doutes au sujet du fameux satellite. Ian Griffin, astrophotographe et directeur du musée Otago en Nouvelle-Zélande, n'a pas hésité à qualifier l'événement d '"acte de vandalisme environnemental" et a déclaré que la Nouvelle-Zélande était le "premier pays à polluer délibérément le cosmos."

Tim O'Brien, professeur d'astrophysique à l'Université de Manchester, s'est quant à lui demandé"pourquoi nous ne nous contentions pas de célébrer l'expérience commune de l'observation de l'ISS, qui abrite des humains et possède une utilité, contrairement à ce gadget à la con. »


Nous ne savons pas si Rocket Lab a réfléchi à l'impact de son satellite sur les observations astronomiques depuis la Terre avant de lancer ledit objet dans l'espace. Motherboard a contacté l'entreprise, et mettra à jour cet article en cas de réponse.

Bien qu'il soit aisé de rejeter ces critiques sous prétexte qu'elles émaneraient de chercheurs cyniques qui ne savent plus s'amuser, elles adressent pourtant un problème sérieux qui relève droit spatial : l'utilisation de l'orbite basse par des entreprises privées.

Les débris spatiaux constituent une menace de plus en plus pressante et de plus en plus grave, à laquelle nous ne pouvons pas répondre de manière pratique dans l'immédiat. Or, il est difficile de voir Humanity Star autrement que comme un débris spatial bien pénible. Selon Rocket Lab, l'objet a été placé de telle manière à perdre progressivement de l'altitude et se carboniser d'ici neuf mois en rentrant dans l'atmosphère – ce qui limitera son impact sur d'autres objets spatiaux. À la décharge de l'entreprise, la période de révolution de Humanity Star est plus courte que d'autres satellites en orbite basse – et équivalente à celle des cubesats actuellement utilisés pour des missions scientifiques.

La boule disco de Rocket Lab pourrait également être perçu comme un outil marketing, ce qui interroge sur une question épineuse : qui a le droit de faire de la publicité dans l'espace ? Est-ce une activité légitime ? Le Traité sur la Lune des Nations Unies interdit aux acteurs nationaux de revendiquer un territoire sur la Lune ou sur tout autre corps céleste ; il est ce que l'on a de plus proche d'un texte de régulation des activités commerciales dans l'espace. Jusque ici, la poignée de traités internationaux sur l'espace existants manquent de clauses précises sur les acteurs commerciaux.

Jusqu'à ce que les relations entre le droit commercial et les ressources spatiales aient été éclaircies, les entreprises continueront à utiliser le ciel comme elles l'entendent, que ce soit pour l'exploitation minière des astéroïdes ou pour promener des milliardaires au milieu des étoiles.