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Chez les hommes-chiens du Royaume-Uni

Beaucoup de gens adorent les chiens. Mais peu franchissent le pas de DEVENIR des chiens comme les Pup Players.

Le Royaume-Uni adore les chiens. D'après une enquête publiée en 2015 par la Pet food manufacturers association, près d'un ménage britannique sur quatre abrite un gentil pépère, ce qui fait tout de même 8,5 millions de bêtes. Même la Reine d'Angleterre est une grande amie des chiens : si la monarque tout juste nonagénaire a décidé de se séparer de ses impétueux Welsh Corgi par crainte qu'ils ne la fassent tomber, elle a possédé au moins une trentaine d'entre eux depuis ses 18 ans. Il se dit que leurs repas étaient servis dans des plats de porcelaine ou d'argent et qu'Élisabeth II les nourrissait elle-même.

Malgré la dévotion de la Reine pour ses compagnons à pattes courtes, la preuve définitive de l'amour d'Albion pour les chiens reste son importante communauté de "Pup Players". Les 10 000 membres de ce groupe apparenté au BDSM ne se contentent pas d'adopter des dizaines de Corgi, ni même de leur servir des repas gastronomiques dans de la vaisselle de luxe : non, leur truc, c'est de se transformer en chien pour de bon. Pour atteindre cet idéal canin, ces hommes enfilent des costumes de latex munis d'une petite queue mécanique, des masques au museau allongé et se comportent comme leurs modèles à quatre pattes, aboiements et petites bagarres pour un jouet en plastique compris. Un petit monde fascinant auquel Channel 4 a décidé de consacrer un documentaire, Secret Life of the Human Pups. Diffusé hier soir par la chaîne publique, il a laissé les spectateurs un rien dubitatifs.

Face aux caméras de Channel 4, les Pup Players ont assuré que leur jeu de rôle était moins sexuel que libérateur. "Certaines personnes boivent, il y a aussi les drogues… explique Chip, un homme-chien de 42 ans. Nos sociétés impliquent d'être civilisé. Quand vous êtes en mode toutou, tout ça disparaît." Lorsqu'ils se retrouvent pour jouer ensemble dans des clubs, les Pup Players oublient tous leurs soucis sous leurs combinaisons de latex. "Tu oublies l'argent, la nourriture ou le boulot, explique Tom, un ingénieur de 32 ans qui joue au chien depuis une décennie. C'est juste une chance de se retrouver et d'en profiter à un niveau très simple." Les spécialistes acquiescent : la psychothérapeute Wendy Bristow perçoit le Pup Play comme une manière d'atteindre le confort par la régression. Interrogée par Newsweek, elle explique : "On joue avec eux, on les caresse - ce sont des moyens d'être réconforté."

Bien loin de jouer la moquerie, Secret Life of the Human Pups jette un oeil très emphatique sur ce moyen d'échapper aux soucis du quotidien et aux blessures de la vie. Le documentaire montre aussi qu'il est difficile d'être accepté par ses proches lorsque l'on aime jouer au chien : l'ancienne fiancée de Tom confesse qu'elle le reprendrait sans réfléchir s'il abandonnait sa combinaison de dalmatien, une amie de l'ingénieur n'étouffe pas son rire lorsqu'il lui révèle son goût pour le Pup Play. En 2014, Channel 4 avait déjà marqué les esprits à l'aide d'un documentaire similaire, Secrets of the Living Dolls. La chaîne publique y suivait une poignée d'hommes qui aiment se déguiser en poupée en se glissant dans une seconde peau de latex. A force, elle parviendra peut-être à prouver que ces êtres humains exceptionnels n'ont pas besoin d'aide - juste d'acceptation.