Quantcast
horreur

Certains hommes sont malades pendant une semaine après avoir joui

Parce que nous vivons dans un monde impitoyable, il est bien sûr possible d'être "allergique" à son propre sperme.

Justin Lehmiller

Justin Lehmiller

Trevor Williams/Getty Images : SciePro/Getty Images

Comment vous sentez-vous après un orgasme ? Détendu, ivre de joie, saisi d'une douce torpeur, exalté par le sentiment du travail accompli ? Et si, à la place de ce déluge de sensations agréables, vous soyez tout bonnement malade à crever, et ce après chaque éjaculation ? C'est là la triste condition de quelques hommes, qui sont atteints de ce que l'on nomme le syndrome de la maladie post-orgasmique (SMPO).

Le SMPO est un phénomène extrêmement rare qui a été décrit dans la littérature médicale pour la première fois il y a 15 ans à peine. Depuis, une cinquantaine de cas ont été documentés, ce qui a fourni aux chercheurs en biomédecine une somme de connaissances aujourd'hui résumées dans un article publié dans le journal Sexual Medicine Reviews. Ce dernier nous apprend que les symptômes du SMPO varient beaucoup d'un homme à l'autre : les chercheurs en ont identifié sept groupes distincts, qui concernent les yeux (démangeaisons ou brûlures), le nez (congestion ou éternuements), la gorge (sécheresse ou douleurs), la tête (migraines) ou les muscles (tension, douleurs ou faiblesse). Certains patients avaient même tous les symptômes de l'état grippal.

Quel que soit le type de symptômes manifestés, les hommes étudiés avaient en commun d'en faire l'expérience de manière quasi-systématique après chaque orgasme, après un intervalle de temps allant de quelques secondes à plusieurs heures après l'orgasme. Lesdits symptômes variaient ensuite en intensité pendant 2 à 7 jours, avant de se résorber spontanément.

Lorsque l'on examine l'ensemble des cas de SMPO documentés jusqu'ici, on observe que la moitié des sujets environ ont fait l'expérience de ce "mal de l'orgasme" dès leur première éjaculation. L'autre moitié n'a développé les symptômes qu'à l'âge adulte.

Comme on peut l'imaginer, tomber malade après chaque orgasme est pour le moins alarmant, et peut avoir un impact non négligeable sur la vie sexuelle et affective des individus concernés. Ainsi, une partie des malades préfère tout bonnement éviter la masturbation et les relations sexuelles plutôt que s'en subir les conséquences – leur vie entière, ainsi que leur bien-être, s'en trouve affectée.

Vous vous demandez probablement quelle est la cause de ce syndrome pour le moins baroque. Hélas, il est difficile de l'établir avec certitude. Les médecins ont émis l'hypothèse que cette grande variété de symptômes puisse être, en réalité, le fait d'affections totalement différentes – mais la théorie étiologique la plus consensuelle à l'heure actuelle est que le SMPO serait une réaction allergique, ou une réaction auto-immune. Quelques études soutiennent cette idée, et on suspecte qu'un composé spécifique du sperme en soit la cause : une substance produite par la prostate.

D'autres scientifiques ont proposé une explication alternative, qui doit encore être testée : ils estiment que la collection des symptômes répertoriés s'apparente à un sevrage aux opioïdes. Quand nous atteignons l'orgasme, des substances chimiques sécrétées par le cerveau sont libérées dans le corps (dont des opioïdes), ce qui nous procure ce sentiment d'extase si particulier. Il se pourrait donc que les hommes atteints de SMPO possèdent en fait des récepteurs d'opioïdes défaillants – et que leur cerveau en consomme plus que la normale – ce qui entrainerait des symptômes semblables au sevrage aux opioïdes lorsque l'orgasme est terminé.

Quant à la gamme des traitements disponibles à l'heure actuelle, elle est plutôt restreinte. Certains hommes choisissent donc d'encadrer leurs symptômes en planifiant des séances de masturbation ou des rapports sexuels à l'avance, afin que leurs effets n'interfèrent pas avec des événements importants de leur vie. Cette stratégie suppose donc de renoncer entièrement à l'aspect spontané et pulsionnel de la sexualité.

Quelques études ont montré qu'un traitement médicamenteux pouvait, dans un certain cas, soulager les patients : les antihistaminiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens. Enfin, l'immunothérapie pourrait être efficace. Elle implique dans ce cas précis de recevoir de petites injections de sperme sous la peau à intervalles réguliers (de manière hebdomadaire d'abord, puis mensuelle au bout de quelques années). Cette approche n'est pas particulièrement ragoûtante, et c'est pourtant la même que dans le cas d'une allergie au pollen, aux acariens ou aux animaux de compagnie : exposer le corps à de petites quantités d'un allergène donné peut permettre de réduire la sensibilité du patient sur le long terme.

De fait, les données sur l'efficacité des traitements actuellement disponibles sont assez limitées, et aucune des méthodes testées jusqu'à présent n'a été efficace pour l'ensemble des patients considérés. Encore une fois, cela indique peut-être que tous les cas de SMPO n'ont peut-être pas la même cause – en quel cas chaque patient aurait besoin d'un traitement différent.

Depuis le premier cas de SMPO enregistré en 2002, on a observé une légère augmentation du nombre d'hommes se plaignant dudit syndrome sur les forums en ligne. Cela suggère que nous n'avons pas encore une bonne idée de la prévalence de cette maladie et qu'elle est probablement sous-diagnostiquée. Il est également possible que la plupart des hommes souffrant des symptômes du SMPO aient été diagnostiqués sous d'autres catégories, comme l'angine chronique, à cause du manque de connaissances et de formation des médecins sur le sujet.

Nous avons encore beaucoup à apprendre sur ce mal mystérieux. Les prochaines études ne seront pas consacrées exclusivement aux hommes, dans la mesure où une étude publiée l'an dernier a identifié une forme de SMPO affectant une femme (il existe également des femmes allergiques au sperme de leur partenaire, mais il s'agit d'un problème tout à fait différent). Espérons que personne, à l'avenir, ne soit privé de sexe à cause d'une bête réaction allergique.

Justin Lehmiller est le directeur du programme de psychologie sociale de l'Université Ball State, affiliée au Kinsey Institute. Il est également l'auteur du blog Sex and Psychology. Suivez-le sur Twitter @JustinLehmiller .