Quand les espaces de coworking se transforment en dortoirs pour cadres

PodShare ressemble un peu à un camp de réfugiés pour entrepreneurs, et nous dit des choses assez inquiétantes sur notre époque.

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mars 29 2016, 10:29am

PodShare's DTLA location. Image: PodShare

Airbnb, qui pendant longtemps a constitué une alternative salutaire aux hôtels hors de prix, est depuis devenu un pourvoyeur de logements à court terme.

Mais avec la recrudescence de la vie en communauté et de la workation (contraction de work et vacation), il existe désormais un nouveau modèle de résidence : dormir dans votre espace de coworking. C'est en tout cas l'idée de PodShare, un espace de coworking disposant de couchages, et qui possède trois sites à Los Angeles.

Défini comme un « espace de cohabitation, » PodShare a été fondé en 2012 par l'entrepreneur Elvina Beck et son père, qui construisaient jusque là des espaces de vie pour les voyageurs et les travailleurs en déplacement dans lesquels vous pouviez dormir pour 35-50 dollars.

Mais plutôt que d'avoir une centaine de lits sous le même toit, comme un hôtel, PodShare dispose de 10 à 30 lits qui sont convertis en bureaux durant la journée.

« Podshare vous procure un logement à coût réduit puisqu'il n'y a pas de caution à fournir, pas de frais de service, et que le résident peut conserver un mode de vie très flexible, » explique Beck. « Pour les célibataires qui ne comptent pas s'installer, mais plutôt se concentrer sur leur start-up ou simplement expérimenter quelque chose de différent, c'est l'idéal. »

Les sites industrialoïdes de PodShare fournissent des lits Murphy, des espaces de sieste, des Xbox 360 et un accès 24/24. Les frais de location sont à régler au jour le jour, et bientôt, sur le site de Los Feliz, les résidents pourront travailler, se reposer, collaborer, faire leur lessive et dîner tous ensemble dans la cuisine communautaire.

PodShare est peuplé de concepts à la mode que la génération Y apprécie (ou auxquels elle s'est accoutumée), comme « économie partagée », « pod culture, » « freelances nomades, » « accès sans propriété, » voire l'ignoble « podestrians, » le nom que l'entreprise donne à ses résidents qui possèdent tous un profil sur son site web.

« Nous créons une sorte de réseau social qui possède une adresse physique, » explique Beck. « Notre modèle ouvert permet aux travailleurs de se rencontrer. Nous n'avons rien en commun avec les hôtels, nous sommes à la fois un espace de cohabitation et de travail en communauté. »

Les sites PodShare sont accessibles facilement grâce aux transports en commun. En l'occurrence, la plupart des résidents ne possèdent pas de véhicule personnel. On peut généralement les ranger en trois catégories : les voyageurs, les personnes en recherche d'appartement sur Los Angeles, et les travailleurs en intérim ou en mission.

Contrairement aux hôtels capsule japonais, qui sont réservés aux hommes, les Podshares sont fréquentés aussi bien par les hommes (59% de la clientèle) et les femmes (41% de la clientèle). Beck et son équipe espèrent abolir « la solitude dans le monde » grâce à un réseau global de PodShares destinés à généraliser ce modèle de colocation/coexistence.

« J'ai démarré ce projet afin de trouver un remède à ma propre solitude, » explique Beck. « Maintenant, je ne passe plus une seule soirée toute seule. »

Beck ne risque certes pas de se retrouver toute seule puisqu'elle vit en compagnie de 23 colocataires, qui changent constamment. 84% des visiteurs viennent de l'étranger. Les pods sont occupés à 92% en moyenne, ont un taux de retour de 19%. Plus de 4000 personnes se sont installés dans ses locaux ces quatre dernières années (et certains se sont même fait tatouer le logo PodShare).

Les prix sont plutôt abordables. Passer la nuit dans un pod à Hollywood vous coûtera 50$, mais dans la banlieue de Los Angeles vous pourrez vous en sortir pour 35$ la nuit, 225$ par semaine et 900$ par mois.

Au cœur de ce système vit avant tout une communauté. « Vous avez votre propre lit, mais vous partagez tout le reste, » ajoute Beck.

« Partager un open space avec des étrangers dont le nom est inscrit sur leur lit, qui cuisinent des plats différents, laissent des produits de toilette différents dans la douche et écoutent des musiques différentes, voilà la raison pour laquelle nous voyageons, » renchérit Beck.

Beck organise des réunions avec son équipe sur les tables communes, entourées de clients qui peuvent parfaitement écouter tout ce qui se dit à cette occasion.

« Nous invitons toujours les gens à participer, » dit-elle. « Les couchages sont disposés autour d'un espace commun, mais jamais dans un coin ou dans un endroit qui pourrait exclure la personne d'une manière ou d'une autre. Si notre communauté avait une forme, ce serait un cercle. »

Est-ce que ce genre d'endroits pourrait devenir le futur de la résidence dans des villes dont le prix des loyers est en perpétuelle inflation ? Ils ne sont sans doute pas faits pour tout le monde, mais ils ont au moins prouvé une chose.

« Il existe un marché pour la colocation urbaine dans des espaces accessibles, flexibles, pas chers, » affirme Beck.

Avant de pouvoir poser votre sac-à-dos chez PodShare, votre profil est étudié en détail. Vous êtes de nouveau étudié après votre départ, qui donne lieu à des reviews sur votre profil.

« Les couchettes sont disposées les unes en face des autres pour que les membres de la communauté puissent se surveiller les uns les autres. »

« Les gens préfèrent retenir les mauvais aspects de l'aventure que les bons ; pourtant notre processus de contrôle est très efficace, sain, et permet de retenir les individus qui ont les capacités sociales requises pour dormir ici, » ajoute Beck.

Malgré ses prix abordables et son emplacement central, l'un des problèmes les plus criants du pod (en particulier pour les résidents à long terme) est le manque d'intimité. Le règlement intérieur précise que le sexe y est interdit. Il serait de toute façon difficile à pratiquer vu la taille des couchettes fournies ; les couples feront mieux d'économiser de l'argent en allant dormir ailleurs.

« Les couchettes sont disposées les unes en face des autres pour que les membres de la communauté puissent se surveiller les uns les autres, » explique Beck.

Malgré toutes ses contraintes peu appréciables, les podestrians parviennent tout de même à tisser des liens.

« Un garçon qui venait du Michigan a chargé sa voiture et a roulé vers l'ouest pendant qu'une fille prenait un avion à Paris et faisait une réservation PodShare », raconte Beck. « Lui, c'est le genre gars de barbu qui travaille dans l'informatique et porte des sandales quel que soit le temps. Elle, c'est une tatoueuse et artiste au look alternatif. Ils sont tombés amoureux au bout de trois mois ensemble, et maintenant, ils vivent sur Spring Street. »

Tout le monde peut résider à PodShare en n'emportant que le strict nécessaire, dont ses capacités sociales, qui sont de plus en plus valorisées.

« Nous essayons de trouver un équilibre entre la valeur sociale et la valeur économique du lieu, afin de construire de nouveaux sites, » explique Beck. « L'abonnement à la nuit, à la semaine et au mois est conçu pour vivre facilement même si vous n'avez qu'une brosse à dents et une paire de sous-vêtements de rechange sur vous. »