Jurassic World Evolution m’a fait prendre conscience que je suis devenu adulte

Et j’ai adoré ça.

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juin 21 2018, 8:22am

Image : capture d'écran de l'auteur

Avec l’âge, j’ai compris que certains jeux n’étaient plus pour moi. À part Counter-Strike qui restera à jamais dans mon cœur, la plupart des jeux multijoueurs me font tout simplement rager. Entre les cheaters, les trolls et les enfants de douze ans au skill nettement supérieur au mien, je glisse chaque jour un peu plus vers le banc de touche. J'ai atteint le point de rupture un lundi soir alors que, jonglant entre l’ennui et l’abattement, j’ai lancé Jurassic World Evolution – le nouveau titre du studio Frontier Developments, à l’origine des Planet Coaster. Le film étant une belle merde, j’ai éprouvé quelques réticences lors de l’installation de son alter-ego vidéoludique. Mais finalement, c’est un monde doux et magnifique qui s’est ouvert à moi : celui des jeux de gestion.

Jurassic World Evolution est un jeu gestion. Le simple fait d’écrire le mot « gestion » me donne des frissons. Quand je pense aux jeux de gestion, je pense inexorablement au passé, une époque où le disque dur de mon PC était noyé sous les Command & Conquer, Total Annihilation et autres Theme Hospital. Quand on est jeune et normal, les jeux de gestion paraissent chiants et compliqués. Ils sont comme des formulaires administratifs à remplir. Moi, j’ai toujours eu un petit faible pour ces jeux solitaires, même si je n’avais pas la patience de m’y atteler. Pensant encore être jeune, j’ai d’abord cru que Jurassic World Evolution allait être trop difficile pour moi. Il s’avéra que non. Cela implique deux choses. La première est que je ne suis plus jeune, la seconde est que les dinosaures sont sans aucun doute le truc le plus cool qui ait foulé notre planète. Je n’irai pas par quatre chemins, Jurassic World est un excellent jeu qui ravivera la flamme du joueur associal qui sommeil en vous.

Image : capture d'écran de l'auteur

Une partie débute de la plus simple des manières : on débarque sur une île où il faut créer son « Jurassic Park ». C’est donc le Sim City des dinos. Avec un budget de départ, il faut créer toutes les infrastructures nécessaires, tel qu’un centre d’incubation pour dinosaures où l’on peut utiliser des fossiles récupérés lors d’expéditions pour faire naître de nouvelles bêtes. Il faut aussi prévoir un centre de recherche, des équipes de garde en cas d’évasion d’un Velociraptor ou encore relier le tout à des centrales électriques. Le but est d’avoir le plus de dinosaures rares afin de faire grimper la cote de votre parc. Une fois vos dinosaures lâchés dans leurs enclos respectifs, il faut faire entrer de l’oseille. Pour ça, rien ne vaut quelques boutiques souvenirs bien placées, un hôtel de luxe et des contrats de recherches. Il est d’ailleurs possible de gérer le personnel, le prix de vente des articles, etc. Le but reste de tondre les visiteurs sans qu’ils s’en aperçoivent. Je ne vous cache avoir ressenti une intense satisfaction lorsque, après quelques choix audacieux, mon bénéfice net journalier s’est envolé.

Au bout de quelques heures qui se sont s’avérées être en fait mon weekend entier, je prenais un certain plaisir à disposer mes arbres et mes buissons le long des allées pour que mes visiteurs se sentent comme chez eux. Je pouvais aussi niveler le terrain, me rappelant là-encore mes heures de gloire sur Sim City. Je veillais sur mes dinosaures comme sur mes enfants — que je n’ai pas, mais vous m’avez compris — et chaque décès était vécu comme une tragédie. Tels des tamagotchis, vos dinosaures sont fragiles. Maladies, vieillesse, manque de nourriture, il faut savoir être présent. Je m’assurais que chaque enclos ait sa mangeoire, de l’eau et suffisamment de place pour accueillir plusieurs races différentes. Exemple, un Ceratosaurus est un carnivore qui a besoin de chasser. Il convient donc de temps à autres de lâcher une chèvre inoffensive dans son enclos afin de le stimuler tout en donnant un peu de spectacle aux visiteurs. Une fois les objectifs accomplis et une marge brute suffisante atteinte, il est possible de lancer un second parc sur une nouvelle île, cette fois aux conditions climatiques plus difficiles. Nouveau challenge, nouveaux fossiles, nouveaux dinosaures. À l’heure actuelle, il me tarde d’incuber un Maiasaura et un Diplodocus de 35 mètres de haut.

Image : capture d'écran de l'auteur

Enfin, le jeu est très agréable à l’œil et ne nécessite pas un PC de la NASA pour tourner. Les différentes tempêtes qui peuvent s’abattre sur votre parc sont bien rendues, et les dinosaures sont tous très mignons. Les menus sont fluides, relativement peu oppressants et permettent de comprendre comment tout fonctionne rapidement. Pour les plus nuls d’entre nous, les voix originales des personnages du film viendront vous guider. Le jeu reste donc accessible et ne ressemble pas à un Football Manager. Simplement, j’avais oublié la patience et la réflexion tant 99% des jeux actuels sont soient trop cons, soient trop simples.

Alors qu’un BO3 sur CS GO me rend bien souvent agressif et désespéré, Jurassic World me détend. Y jouer procure la même satisfaction que soigner son intérieur. Les décors y sont reposants et l’idée de faire naître des dizaines de dinosaures est plaisante. Placer un arbre au bon endroit, avoir des allées propres et atteindre une note de 4,5/5 en satisfaction client m’ont fait prendre conscience que j’avais définitivement plongé dans la vie d’adulte. Pour l’instant, tout se passe bien.

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