Cryptodélire

Le marché des « cryptocollectors » est en train d'exploser

De plus en plus d'internautes investissent leur cryptomonnaie dans des pandas, des tulipes ou des chiots virtuels. C'est l'époque qui veut ça.

Jessica Klein

Image : Flickr/Michael Lehet, CryptoFighters, CryptoBots, CryptoPuppies, TRON Dogs

Des chatons, des chiots, des pandas, des lapins et des petits monstres. Ceci n’est pas une liste des peluches qui vivent toujours dans le grenier de mes parents ; c’est une liste des nombreuses familles d’items à collectionner sur la blockchain. Ne souriez pas, ces gadgets ont déjà suscité l'échange de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Collectionner des items virtuels inscrits dans une blockchain chargée de les authentifier et de suivre leur propriétaire n’est pas une idée neuve. En 2016, le développeur Joe Looney a créé « Rare Pepe Wallet », une plateforme qui permet aux internautes d’acheter des cartes collector consacrées aux fameux personnage de grenouille verte de Matt Furie. Cependant, il a fallu attendre le lancement des CryptoKitties en novembre 2017 pour que ce concept se transforme en jeu accessible au grand public — et en vraie machine à billets.

Aujourd’hui, les chatons les plus chers de CryptoKitties se vendent pour plus de 240 000 euros. Au total, presque 19 millions d’euros d’ether, la cryptomonnaie de la blockchain Ethereum, ont déjà été dépensés par les collectionneurs. Récemment, le studio canadien qui a créé les CryptoKitties, Axiom Zen, a récolté 10 millions d’euros grâce à une levée de fonds.

Depuis, un quantité remarquable de développeurs venus du monde entier ont créé leur propres entités « cryptocollector ». Beaucoup essaient de tirer un billet de la mêlée, parfois en copiant ouvertement CryptoKitties. Certains ont entamé le processus de développement quelques jours seulement après la sortie des chatons d’Ethereum. Des entreprises de grande envergure, notamment Baidu et Xiaomi, prennent également part à la course. Indice qui ne trompe pas : pas moins de deux jeux à cryptocollectionner proposent d'échanger des tulipes.

Ces items virtuels vont-ils finir comme mes peluches ? Vont-ils être oubliés sans avoir été échangés, ou faire regretter leurs dépenses inconsidérées à leur propriétaire ? Ou vont-ils simplement leur permettre de s’amuser un peu ? À vous de voir. Une chose est sûre, cependant : ils sont déjà très nombreux. Si tu l’oses, cher lecteur, suis-nous dans les entrailles de cette nouvelle industrie de la cryptomonnaie.

CryptoPets

Capture d'écran : CryptoPets

Le développement de CryptoPets a commencé quatre jours après le lancement de CryptoKitties. D’ailleurs, on pourrait les décrire comme un croisement entre Pokémon et CryptoKitties. Les propriétaires de CryptoPets peuvent les lancer dans des duels, détaille Mitchell Opatowsky, project manager de la plateforme, dans un mail à Motherboard, et ceux qui décident d’investir du temps et des efforts dans l’entraînement de leur animal augmenteront sa valeur sur le marché — pardon, dans le « centre d’adoption ».

CryptoPets est toujours en phase pre-beta. Opatowsky affirme que 1 120 personnes se sont inscrites pour la beta. Il explique aussi que les principaux revenus de l’entreprise viendront d’abord de la vente de CryptoPets, et suggère que son équipe ajoutera « plus d’items » au fil du temps.

CryptoBots

Capture d'écran : CryptoBots

CryptoBots est une création du studio de jeux vidéo russe Playneta. Comme les CryptoPets, les CryptoBots mêle le côté mignon des CryptoKitties à un bon vieux jeu de baston. Au moment de l’écriture de cet article, un nouveau tournoi était en cours sur le site officiel des CryptoBots. Le grand prix : 10 ether (ETH), soit presque 3 000 euros.

CryptoBots approche de 10 000 utilisateurs et accueille « 150 nouveaux membres par jour » affirme Alexander Rog, le producteur du projet, dans un mail à Motherboard. La vente des CryptoBots basiques, la commission de 3% pour toute vente ultérieure et les frais de 0,01 ETH par bataille pour les joueurs a déjà rapporté 150 ETH, soit 46 880 euros à l’heure où nous écrivons ces lignes. Le bot le plus cher, Bot Master, est vente pour 10 ETH (3 279 euros).

CryptoDogs

Capture d'écran : CryptoDogs

Le nom de CryptoDogs, un jeu détenu par le géant chinois Baidu, est presque aussi original que l’apparence de ses personnages : le look général de ces chiens est un copie éhontée des CryptoKitties. Ce qui fait tout le piment de CryptoDogs, c’est qu’il s'appuie sur la plateforme chinoise expérimentale Achain, qui cherche à lutter contre la congestion subie par la blockchain Ethereum au pic de la popularité des CryptoKitties.

D’après le site officiel des CryptoDogs, le bon chien-chien virtuel le plus cher du marché vaut actuellement 99 998 tokens Achain, soit presque 15 000 euros au moment de l’écriture de cet article. L’équipe de CryptoDogs n’a pas donné suite à nos demandes de commentaire.

CryptoPuppies

Capture d'écran : CryptoPuppies

CryptoPuppies est un autre clone canin de CryptoKitties, mais avec des accessoires. Son site officiel déborde de Shar-peï, de Shibas et de chiots divers et variés munis de lunettes en forme de coeur, de foulards ou de colliers à clous.

Pour le moment, CryptoPuppies repose sur une communauté restreinte : le CEO, Valery Kuznetsov, parle de 300 utilisateurs, parmi lesquels 50 visitent quotidiennement la plateforme. Le développement a commencé dès le lancement de CryptoKitties. Depuis son lancement le 29 mars derniers, CryptoPutties a poussé ses utilisateurs à dépenser « 6,5 ETH » (un peu plus de 2 000 euros). Le crypto-chiot le plus cher du marché, un « Beagle doré » qualifié d'« underdog », a trouvé propriétaire pour 1 098 ETH, soit 327 euros.

Des mini-jeux comme le Puppy Bowl ou les courses de CryptoPuppies « arriveront bientôt », accompagnés des trophées qui visent à récompenser les meilleurs « hodler » ou les « fanciest lover ». Dieu seul sait ce que ça veut dire.

CryptoBunnies

Capture d'écran : CryptoBunnies

Lancés le 14 mars dernier par Xiaomi, un constructeur de smartphones chinois, les CryptoBunnies portent le nom original Jiami Tu. Xiaomi n’a pas répondu à nos demandes de commentaire, mais un article de Coindesk consacré au lancement de la plateforme affirme que seuls les propriétaires d’un compte Xiaomi peuvent adopter des CryptoBunnies. Il semble que le jeu crée de la rareté chez ses rongeurs en « distribuant un nombre limité de lapins numériques, chaque jour à 11 heures du matin, heure de Beijing. »

TRON Dogs

Capture d'écran : TRON Dogs

Les TRON Dogs me font penser aux Beanie Boos, ces nouvelles peluches aux yeux scintillants. Vous pourrez vous les procurer sur Love.pet, un site qui permet aux internautes d’ouvrir leur propre boutique de vente de TRON Dogs.

À l’heure actuelle, des centaines de boutiques TRON vendent des objets à collectionner pour 200 tokens TRON, soit 5,99 euros. TRON Dogs est un jeu de Game.com, ce qui signifie que les joueurs peuvent également utiliser la cryptomonnaie de l’entreprise vidéoludique, les G Coins, en plus des tokens TRON. L’équipe de TRON Dog n’a pas répondu à notre demande de contact.

Pandarium

Capture d'écran : Pandarium

Le Pandarium du studio Playtagon est encore en stade pre-beta, mais son site officiel invite déjà les internautes à « pandopter ». Le livre blanc — pardon le « livre bambou » — de la plateforme ne commence pas par un sommaire, mais par l’histoire fantasque d’une bande de pandas fugitifs qui organisent des tournois de danse annuels. Le but du jeu : créer le meilleur danseur possible en faisant s'accoupler ses pandas.

Le jeu n’est pas encore ouvert au public mais Pavel Agoshkov, le CEO de Playtagon, a affirmé à Motherboard qu’environ « 10 000 inscrits attend[aient] son lancement ». « Nous nous attendons à ce que les joueurs dépensent 1-2 ETH sur les panda-fondateurs, sachant que ces pandas sont très efficaces pour lancer le processus de reproduction », a-t-il ajouté. Playtagon compte faire ses sous à l’aide d’une commission de 3,75% sur les accouplements et les échanges de pandas.

Etheremon

Capture d'écran : Etheremon

Etheremon nous vient tout droit de Singapour et, comme beaucoup de ses congénères, il pompe allègrement le design visuel et le style de Pokémon. Les « Mons » ressemblent fort à leurs ancêtres japonais ; comme eux, ils appartiennent à une large gamme de types. Mirrie, mon favori, fait partie de la famille des « fantômes ».

Etheremon est né dans le sillage des CryptoKitties, leur « inspiration ». Le jeu revendique actuellement 4 500 « Monseekers » (des joueurs, quoi). Le Mons « le plus cher » est disponible à l’achat pour 0,1608 ETH (48 euros), le moins cher est gratuit. « Presque 30 000 Etheremons ont été collectés et 70 000 batailles jouées » affirme le co-fondateur du jeu, Naka Nhu, dans un mail adressé à Motherboard.

CryptoFighters

Capture d'écran : CryptoFighters

CryptoFighters suppose lui aussi d’acheter, leveler, bastonner et vendre des tokens. Les joueurs gagnent la possibilité de « recruter » de nouveaux combattants en remportant leurs affrontements, ce qui signifie qu’il est possible d’acheter des nouveaux personnages comme de les gagner. Contrairement à certains de ces concurrents, CryptoFighters ne mise pas sur le mignon. Un changement bienvenu.

Les CryptoFighters ont des couleurs de peau différentes : violet, vert, marron, bleu, pêche. Le plus cher est vendu 200 ETH, soit 60 000 euros, le moins cher 0,0028 ETH, soit moins d’un euro.

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Les cryptocollectors ont fait beaucoup de chemin depuis la naissance des cartes Rare Pepe, tant dans le volume que l’accessibilité. Aujourd'hui, ils intéressent tant les joueurs occasionnels que les boîtes chinoises de grande envergure comme Baidu et Xiaomi.

Dépassée par le simple nombre de ces items à collectionner, j’ai souhaité obtenir l’avis d’un spécialiste. C’est pour cela que j’ai contacté un homme dont le travail a inspiré les CryptoKitties — c’est en tout cas ce que Mack Flavelle, qui occupe le poste d’« instigateur » chez Axiom Zen, m’a affirmé par le passé.

En juin 2017, plusieurs mois avant le lancement de CryptoKitties, John Watkinson et son partenaire Matt Hall ont créé les CryptoPunks, des images pixelisées d'humains, d’aliens, de zombies et de singes à collectionner. Watkinson m’a affirmé que les cyptocollectors avaient « un futur radieux » et qu’ils allaient aider le grand public à comprendre la technologie de la blockchain. Cependant, il est refroidi par le fait que « beaucoup de ces nouveaux arrivants ressemblent un peu à des jeux de casino. » Voir le secteur se transformer en paradis pour joueurs de roulette ne l’intéresse pas.

« Les cryptocollectors mettront peut-être un peu de temps à sortir de leur niche actuelle, a-t-il conclu, mais le concept semble trop précieux pour disparaître comme ça. »

En d’autres termes, certaines de ces peluches virtuelles finiront vraiment par prendre la poussière, pendant que d’autres videront les poches des amateurs de jeux d’argent. Mais qui sait, peut-être qu’ils finiront vraiment par se doter d'une valeur éducative.